‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 175 sur 573 · Var. la source · texte numérisé non relu

Var. la source

3. M. Gazier lit : «que je pourrais. » C'est une rédaction effacée. Le trait destiné à barrer ces mots, de même que l'adverbe « aisément, » au commencement de la ligne suivante dans l'original, se trouve un peu trop haut au début ; on a cru qu'il soulignait (condamnait) la surcharge définitive, écrite au-dessus.

Pranière rédactio7t (f. 263, 252, 264, 265) : « La justice n'a pas toujours l'épée à la main {var. n'est pas toujours inflexible), ni ne montre pas toujours son visage austère ; la droite raison, qui est sa guide, lui prescrit de se relâcher quelquefois, et il m'est aisé de vous faire voir que la clémence, qui tempère sa rigueur extrême, est une de ses parties principales.

En effet il est manifeste que la justice est établie pour entretenir la société parmi les hommes. Or est-il que la condition la plus nécessaire pour conserver

ses droits : Stimviumjus, summa injuria (''), et que la bonté qui modère sa rigueur extrême est une de ses parties principales. Mais comme le temps me presse, je supposerai, s'il vous plaît, la vérité assez connue de cette doctrine ('), et je dirai en peu de paroles à quoi elle doit être appliquée.

Premièrement, chrétiens, comme la faiblesse commune de l'humanité ne nous permet pas de nous traiter les uns les autres en toute rigueur, il n'y a rien de plus juste que cette loi deTApôtre: «Supportez-vous mutuellement en charité(^);» et cette (^) facilité qui s'appelle condescendance dans les particuliers, c'est ce qui s'appelle clémence dans les grands et dans les princes (3).

a. Tarent,, Heautontimorum.^ IV, v. Cicer., De Offic.^ lib. I, n. 33. — b. Ephes.^ IV, 2 ; Coloss.^ m, 13.

parmi nous la société, c'est de nous supporter mutuellement dans nos défauts ; autrement, notre nature ayant tant de faible, si nous entrions dans le commerce de la vie humaine avec cette austérité invincible qui ne veuille jamais rien pardonner aux autres, il faudrait et que tout le monde rompît avec nous, et que nous rompissions avec tout le monde. Par conséquent la même justice qui nous fait entrer en société nous oblige, en faveur de cette union, à nous supporter en beaucoup de choses \Ephcs., iv, 2] ; la faiblesse commune de l'humanité ne nous permet pas, chrétiens, de nous traiter les uns les autres en toute rigueur ; et il n'est rien de plus juste que cette loi de saint Paul : « Supportez-vous mutuellement » \Coloss., III, 13], et : « Portez votre fardeau les uns des autres : » Al/er alterws o?iera portate (Galat., vi, 2). Ceux qui sont dans les hautes places et qui ont en main quelque partie de l'autorité publique ne doivent pas se persuader qu'ils soient exempts de cette loi : au contraire, et il le faut dire, leur élévation leur impose cette obligation nécessaire de donner bien moins que les autres à leurs ressentiments et à leurs humeurs ; et, dans ce faîte oii ils sont, la justice leur ordonne de considérer qu'étant établis de Dieu pour porter ce noble fardeau du genre humain, les faiblesses inséparables de notre nature font une partie de leur charge, et ainsi que rien ne leur est plus nécessaire que d'user quelquefois de condescendance.

Concluons donc, chrétiens, que cette maxime commune est très véritable, qu'il n'est rien de plus violent ni de plus inique que d'user en toutes rencontres de tout son droit : Summum jus^ summa injuria. La justice veut être exercée avec quelque tempérament ; il y a des fautes qu'elle réprime, et il y en a aussi qu'elle supporte ; et cette condescendance, qui s'appelle facilité dans les particuliers, c'est ce qui s'appelle clémence dans les grands et dans les princes.

L'histoire n'a rien... » (La suite forme un alinéa de la seconde rédaction, jusqu'à : « ... n'y soient point trop intéressés. »

1. Cest-à-dire^ la vérité de cette doctrine, vérité disstz connue...

2. Ancie?ines édit. cette charité et facilité. — Deux mots supprimés au manuscrit.

3. Bossuet interrompt ici la seconde rédaction, en sacrifiant même un développement important, pour revenir à la première. Il emprunte à celle-ci les pages III et iv, qui deviennent les pages 29 et 30. Voici le passage effacé ; on en

L'histoire n'a rien de plus éclatant que les actions de clémence ; et je ne vois rien de plus beau que cet éloge que recevaient les rois d'Israël de la bouche de leurs ennemis : Aiidivimus quod re^es do77t2cs Israël clernejite s siiit (^) : « Les rois de la maison d'Israël ont la réputation d'être cléments.» Au seul nom de clémence, le genre humain semble respirer plus à son aise, et je ne puis taire en ce lieu ce qu'en a dit un grand roi : In hilaritate viiltns régis vita, et clejuentia ejus quasi imber serotinus ('^), dit le sage Salomon : c'est-à-dire : « La sérénité du visage du prince, c'est la vie de ses sujets, et sa clémence est semblable à la pluie du soir. » A la lettre, il faut entendre que la clémence est autant agréable aux hommes, qu'une pluie qui vient sur le soir tempérer la chaleur du jour et rafraîchir (') la terre que l'ardeur du soleil avait desséchée (^). Mais ne me sera-t-il pas permis d'ajouter que comme le matin nous désigne la vertu, qui seule peut illuminer la vie humaine, le soir nous représente au contraire l'état où nous tombons par nos fautes, puisque c'est là en effet que le jour décline et que la raison n'éclaire plus ? Selon cette

^. III Reg., XX, 31. — b. Prov.^ xvi, 15. trouvera, il est vrai, la substance dans la suite de la première rédaction, mais il y avait ici de notables améliorations :

<i Je sais qu'il y a des fautes que Ton ne peut pardonner sans se rendre complice des abus et des scandales publics. Par exemple, s'il s'agit de déraciner une coutume barbare qui prodigue le plus beau sang d'un grand royaume, et sacrifie [var. immole) à un faux honneur tant d'âmes que JÉSUS- CHRIST a rachetées, peut-on être chrétien et ne pas louer hautement l'invincible fermeté d'un prince que la grandeur de l'entreprise, tant de fois vainement tentée, n'a pas arrêté, qu'aucune considération n'a fait fléchir, et dont le temps même, qui change tout, n'est pas capable d'affaiblir les résolutions? En de telles occasions, la sévérité et la rigueur même méritent des panégyriques, et si je ne songeais où je suis, je me laisserais épancher aux plus justes louanges du monde, pour célébrer la gloire d'un règne {effacé : qui soutient avec tant de force l'autorité des lois divines et humaines, et) qui, ouvrant si noblement aux hommes de cœur la véritable carrière en laquelle il est glorieux de ne se point épargner, les contraint seulement de se ménager oij il est honteux de périr. Je me garderai bien d'appeler ici le secours de la clémence : c'est dans les fautes particulières qu'un prince fait admirer sa haute sagesse et son grand cœur, quand quelquefois il oublie et quelquefois il néglige ; quand il se contente quelquefois de marquer les fautes, et s'acquiert en surmontant son ressentiment une gloire que Salomon a préférée à celle de prendre des villes et de gagner des batailles : Melior est patiens viro forti^ et qui dominatur animo suo expiignatore urbitifn (Prov., XVI, 32). >

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