Var. brûlée
l86 CARÊME DE SAINT-GERMAIN.
explication, la rosée du matin ce serait la récompense de la vertu, de même que la pluie du soir serait le pardon accordé aux fautes. Ainsi Salomon nous ferait entendre que, pour réjouir la terre et pour produire les fruits agréables de la bienveillance publique, le prince doit faire tomber sur le genre humain et Tune et l'autre rosée, en récompensant toujours ceux qui font bien et pardonnant quelquefois généreusement à ceux qui manquent, pourvu que le bien public et la sainte autorité des lois n'y soient point trop intéressés ('). Telle est la première obligation de cette justice tempérée par la bonté, c'est de supporter les faiblesses et de pardonner quelquefois les fautes. La seconde est beaucoup plus grande, c'est d'épargner la misère : je veux dire que l'homme juste ne doit pas toujours demander ni ce qu'il peut, ni ce qu'il a droit d'exiger des autres. Il y a des temps malheureux où c'est une cruauté et une espèce de vexation que d'exiger une dette ; et la justice veut qu'on ait égard non seulement à l'obligation, mais encore à l'état de celui qui doit. Le sage Néhémias avait bien compris cette vérité, lorsqu'ayant été envoyé par le roi Artaxercès pour être le gouverneur du peuple juif, il se mit à considérer non seulement quels étaient les droits de sa charge, mais encore quelles étaient les forces du peuple. « Il vit que les capitaines généraux qui l'avaient précédé dans cet emploi, avaient trop foulé ce pauvre
I. A partir de cet endroit, l'orateur abandonne définitivement sa première rédaction, réservant l'espace qui lui reste pour exposer de courageuses vérités, qu'il avait eu dessein d'abord de faire entrer dans le sermon projeté pour le quatrième dimanche, sur V Aînbition : nous avons vu qu'il n'avait pu être prêché."
Suite de la première rédaction : € J'ai dit quelquefois, messieurs, et en certaines rencontres. Car qui ne sait qu'il y a des fautes que l'on ne peut pardonner sans se rendre complice des abus et des scandales publics, et que cette différence doit être réglée par les conséquences et par les circonstances particulières. Ainsi ne nous mêlons pas de faire ici des leçons aux princes sur des choses qui ne dépendent que de leur prudence ; mais contentons-nous de remarquer, autant que le peut souffrir la modestie de cette chaire, les merveilles de nos jours. S'il s'agit de déraciner une coutume barbare qui prodigue malheureusement le plus beau sang d'un grand royaume, et sacrifie à un faux honneur tant d'âmes que Jésus-Christ a rachetées, peut-on être chrétien et ne pas louer hautement l'invincible fermeté du prince que la grandeur de l'entreprise, tant de fois vainement tentée, n'a pas arrêté, qu'aucune considération n'a fait fléchir, et dont le temps même, qui change tout, n'est pas capable d'affaiblir les résolutions t Je
peuple (') : » Dtices gravaverunt popichnn ; « mais surtout, comme il est assez ordinaire, que leurs ministres insolents l'avaient entièrement épuisé : » Sed et ^ninistri eorum depresserunt popuhcm (''). Voyant donc ce peuple qui n'en pouvait plus, il se crut obligé en conscience de chercher tous les moyens de le soulager; et, bien loin d'imposer de nouvelles charges, comme avaient fait (^) ses prédécesseurs, il crut qu'il devait remettre, comme porte le texte sacré (''), beaucoup des droits qui lui étaient dus légitimement. Et après, plein de confiance en la divine bonté qui regarde d'un œil paternel ceux qui se plaisent à imiter ses miséricordes, il lui adresse du fond de son cœur cette humble prière : « Mon Dieu, souvenez-vous de moi en bien, à proportion des grands avantages que j'ai causés à ce peuple : » Mémento 7nei, Deus meus, in bomim, seciuidiim 07nnia qitœ feci populo Jiuic ('"). C'est l'unique moyen d'approcher de Dieu avec une pleine confiance, c'est la gloire solide et véritable que nous pouvons porter hautement jusque devant ses autels ; et ce Dieu si délicat et si jaloux, qui défend à toute chair (^) d[e] se glorifier devant sa face, a néanmoins agréable que Néhémiaset tous ses imitateurs se glorifient à ses yeux du bien qu'ils font à son peuple. N'en disons pas davantage ; et croyons que les princes qui ont le cœur grand sont plus pressés par leur gloire, par leur bonté, par leur conscience à soulager les
a. II Esdr.^ v, 15. {Ms. II Nehem., v, 14, 15.) — b. Ibid., 10, 18. — c. Ibid., 19. ne puis presque plus retenir mon cœur ; et si je ne songeais où je suis, je me laisserais épancher aux plus justes louanges du monde, pour célébrer la gloire d'un règne qui soutient avec tant de force l'autorité des lois divines et humaines, et ne veut ôter aux sujets que la liberté de se perdre. Dieu, qui est le père et le protecteur de la société humaine, comblera de ses célestes bénédictions un roi qui sait si bien ménager les hommes, et qui sait ouvrir à la vertu la véritable carrière en laquelle il est glorieux de ne se plus ménager. En de telles occasions, où il s'agit de réprimer la licence qui entreprend de fouler aux pieds les lois les plus saintes, la pitié est une faiblesse ; mais dans les fautes particulières, le prince fait admirer sa grande sagesse et sa magnanimité, quand quelquefois il oublie et quelquefois il néglige ; quand il se contente de marquer les fautes, et ne pousse pas la rigueur à l'extrémité. C'est en de semblables sujets {var. rencontres) que Théodose le Grand se tenait obligé, dit saint Ambroise, quand