Var. qui ne veut pas qu'aucune chair se glorifie
j88 carême de saint-germain.
misères publiques et particulières, qu'ils ne peuvent l'être par nos paroles. Mais Dieu seul est tout-puissant pour faire le bien.
Si de cette haute contemplation je commence à jeter les yeux sur la puissance des hommes, je découvre visiblement la pauvreté essentielle à la créature, et je vois dans tout le pouvoir humain (') je ne sais quoi de très resserré, en ce que, si grand qu'il soit, il ne peut pas faire beaucoup d'heureux et se croit souvent obligé de faire beaucoup de misérables. Je vois enfin que c'est le malheur et la condition essentielle des choses humaines, qu'il est toujours trop aisé de faire beaucoup de mal et infiniment difficile de faire beaucoup de bien. Car comme nous sommes ici au milieu des maux, il est aisé, chrétiens, de leur donner un grand cours et de leur faire une ouverture large et spacieuse ; mais comme les biens n'abondent pas en ce lieu de pauvreté et de misère, il ne faut pas s'étonner que la source des bienfaits (^) soit si tôt tarie. Aussi le monde, stérile en biens et pauvre en effets, est contraint de débiter beaucoup d'espérances, qui ne laissent pas néanmoins d'amuser les hommes. C'est en quoi nous devons reconnaître l'indigence inséparable de la créature, et apprendre à ne pas tout exiger des grands de la terre. Les rois mêmes ne peuvent pas faire tout le bien qu'ils veulent (^); il suffit qu'ils n'ignorent pas qu'ils rendront compte à Dieu de ce qu'ils peuvent. Mais nous qui voyons ordinairement parmi
on le priait de pardonner. Cet empereur tant de fois victorieux, et illustre par ses conquêtes non moins que par sa pie'té, jugeait avec Salomon € qu'il était plus beau et plus glorieux de surmonter sa colère que de prendre des villes et de défaire des armées {Prov., xvi, 32) ; et « c'est alors, dit le même [saint Ambroise], qu'il était plus porté à la clémence, quand il [se] sentait ému par un plus vif ressentiment : » Benejîcium seputabnt accepisse augiistœ memoriœ Theodosius^ cînn roi^aretiir ignoscere ; et tîinc propior erat veniœ^ cumfiiisset commotio ?najor iracundiœ. (Orat. in obit. Theod. Aug. senioris, n. 13.)
Que si les personnes publiques, contre lesquelles les moindres injures sont des attentats, doivent néanmoins user de tant de bonté envers les hommes, à plus forte raison les particuliers doivent-ils sacrifier à Dieu leurs ressentiments. La justice chrétienne le demande d'eux, et ne donne point de bornes à leur indulgence : « Pardonne, dit le Fils de Dieu, je ne dis pas sept fois, mais jusqu'à septante [fois] sept fois » {Matth., xviii, 22); c'est-à-dire pardonne sans fin, et