‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 178 sur 573 · Var. des bontés · texte numérisé non relu

Var. des bontés

3. Var. ne peuvent pas tout ce qu'ils veulent. (Un mot effacé : ce.)

les hommes et la puissance et la volonté tellement bornées, chrétiens, mettons plus haut notre confiance. « En Dieu seul est la bonté véritable : » Nemo bonus, nisi solus Deus (''). En lui seul abonde le bien, lui seul le peut et le veut répandre sans bornes : et s'il retient quelquefois le cours de sa munificence à l'égard de certains biens, c'est qu'il voit que nous ne pouvons pas en porter l'abondance entière. Regardons-le donc comme le seul bon. Ce qui fait que nous n'éprouvons pas sa bonté, c'est que nous ne la mettons pas à des épreuves dignes de lui. Nous n'estimons que les biens du monde, nous n'admirons que les grandeurs de la fortune ; et nous ne voulons pas entendre que ce qu'il réserve à ses enfants est, sans aucune comparaison, plus riche et plus précieux que ce qu'il abandonne à ses ennemis.

Ainsi nous ne devons pas nous persuader que les sceptres mêmes, ni les couronnes, soient les plus illustres présents du ciel. Car jetez les yeux sur tout l'univers et sur tous les siècles ; voyez avec quelle facilité Dieu a prodigué de tels présents indifféremment à ses ennemis et à ses amis. Regardez les superbes monarchies des Orientaux infidèles : voyez que Jésus-Christ regarde du plus haut des cieux l'ennemi le plus déclaré du christianisme, assis en la place du grand Constantin, d'où il menace impunément (') les restes de la chrétienté qu'il a si cruellement ravagée. Que si Dieu fait

a. Luc.^ XVIII, 19.

ne donne point de limites à ce que tu dois faire pour l'amour de Dieu. Je sais que ce précepte évangélique n'est guère écouté à la cour : c'est là que les vengeances sont infinies ; et quand on ne les pousserait pas par ressentiment, on se sentirait obligé de le faire par politique. On croit qu'il est utile de se faire craindre, et on pense qu'on s'expose trop quand on est d'humeur à souffrir. Je n'ai pas le temps de combattre sur la fin de ce discours cette maxime antichrétienne, que je pourrais peut-être souffrir, si nous n'avions à ménager que les intérêts du monde. Mais, mes frères, notre grande affaire, c'est de savoir nous concilier la miséricorde divme, c'est de ménager qu'un Dieu nous pardonne, et de faire que sa clémence arrête le cours de sa colère que nous avons trop méritée. Et comme il ne pardonne quà ceux qui pardonnent, et qu'il n'accorde jamais sa miséricorde qu'à ce prix, notre aveuglement est extrême, si nous ne pensons à gagner cette bonté dont nous avons si grand besoin, et si nous ne sacrifions de bon cœur à cet intérêt éternel nos intérêts périssables. Pardonnons donc, chrétiens. Apprenons à nous relâcher de nos intérêts en faveur de la charité chrétienne ;

I. Lâchai^ Gazier : si impunément. — Le premier adverbe ne se lit ni au manuscrit, ni dans les anciennes éditions.

IQO CAREME DE SAINT-GERMAIN.

si peu d'état de ce que le monde admire le plus, apprenons donc, chrétiens, à ne lui demander rien de mortel : demandons-lui des choses qu'il soit digne.de ses enfants de demander à un tel père, et digne d'un tel père de les donner à ses enfants. C'est insulter à la misère que de demander aux petits de grandes choses ; c'est ravilir la majesté que de demander au Très-Grand de petites choses. C'est son trône, c'est sa grandeur, c'est sa propre félicité qu'il veut nous donner ; et nous soupirons encore après des biens périssables! Non, mes frères, ne demandons à Dieu rien de médiocre ; ne lui demandons rien moins que lui-même. Nous éprouverons qu'il est bon autant qu'il est juste, et qu'il est infiniment l'un et l'autre.

Mais vous, Sire, qui êtes sur la terre l'image vivante de cette Majesté suprême, imitez sa justice et sa bonté, afin que l'univers admire en votre personne sacrée un roi juste et un roi sauveur, à l'exemple de Jésus-Christ ; un roi juste qui rétablisse les lois, un roi sauveur qui soulage les misères. C'est ce que je souhaite à Votre Majesté, avec la grâce du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Amen,

et quand nous pardonnons les injures, ne nous persuadons pas que nous fassions une grâce. Car si c'est peut-être une grâce à l'égard de l'homme, c'est toujours une justice à l'égard de Dieu, qui a mérité ce pardon qu'il nous- demande pour nos ennemis par celui qu'il nous a donné de toutes nos fautes, et qui, non content de l'avoir si bien acheté, promet de le récompenser éternellement par la participation de sa gXo'wt {Lâchât^ Gazier : de la gloire), où nous conduise... — Les idées importantes que Bossuet sacrifie ici reviendront dans le sermon suivant.

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