Var, et invincible
l6 CAREME DE SAINT-GERMAIN.
tout avec elle, et nous faire (') servir malgré nous à une conduite supérieure qui surpasse de bien loin toutes nos pensées.
C'est donc pour cette raison que cet arbitie souverain de notre sort a comme partagé notre vie entre les choses qui sont en notre pouvoir, et celles où il ne consulte que son bon plaisir: afin que nous ressentions non seulement notre liberté, mais encore notre dépendance. Il ne veut pas que nous soyons les maîtres de tout, afin que nous apprenions que nous ne le sommes de rien qu'autant qu'il lui plaît, et que nous craignions d'abuser (^) de la liberté et du pouvoir qu'il nous donne. Il veut que nous entendions que s'il nous invite par la douceur, ce n'est pas qu'il ne sache bien nous faire fléchir par la force ; et par là il nous accoutume à redouter sa force invincible (^), lors même qu'il ne nous témoigne que la douceur. C'est lui (■*) [qui] mêle toute notre vie d'événements qui nous fâchent, qui contrarie notre volonté qui s'attache trop à elle-même et qui étend sa liberté jusqu'à la licence ; afin de nous soumettre tout à fait à lui et de nous élever, en nous domptant, à la véritable sagesse.
Car il est certain, chrétiens, que de savoir résister à ses propres volontés, c'est l'effet le plus assuré d'une raison consommée : et ce qui prouve évidemment cette vérité, c'est que l'âge le moins capable de raison, est aussi le moins capable de se modérer et de se vaincre. Considérez les enfants : certainement si leurs volontés étaient aussi durables qu'elles sont ardentes, il n'y aurait pas moyen de les apaiser. Combien veulent-ils violemment tout ce qu'ils veulent, sans peser aucune raison ? Ils ne considèrent pas s'il (^) leur est nuisible : il ne leur importe pas si cet acier coupe ; c'est assez qu'il brille à leurs yeux, et ils ne songent qu'à se satisfaire : ils ne regardent pas non plus si ce qu'ils demandent est à autrui ; il suffit qu'il leur plaise pour le désirer, et ils s'ima-