Var. ceux qui nous outragent
nous font du mal sont des malades emportés, pourquoi les aigrissons-nous par nos vengeances, et que ne tâchons-nous plutôt à les ramener à leur bon sens par la patience et par la douceur ? Mais nous sommes bien éloignés de ces charitables dispositions : bien loin de faire effort sur nous-mêmes pour endurer une injure, nous croirions nous dégrader et nous ravilir, si nous ne nous piquions d'être délicats, si peu qu'on nous blesse. Aussi poussons-nous sans bornes nos ressentiments : nous exerçons sur ceux qui nous fâchent des vengeances impitoyables ; ou bien nous nous plaisons de les accabler par une vaine ostentation d'une patience et d'une pitié outrageuse ('), qui ne se remue pas par dédain, et qui feint d'être tranquille pour insulter davantage : tant nous sommes cruels ennemis et implacables vengeurs, qui faisons des armes offensives, et des instruments de colère, de la patience même et de la pitié (^) !
- Chrétiens, que ce saint jour ne se passe pas sans que nous donnions nos ressentiments à Jésus-Christ crucifié. Ne pensons pas inutilement à la mort du Juste et à ses bontés infinies. Pardonnons à son exemple à nos ennemis ; et songeons qu'il n'y a point de pâque pour nous sans ce pardon nécessaire.
Je sais que ce précepte évangélique n'est guère écouté à la cour : les vengeances y sont infinies ; et quand on ne les pousserait (^) pas par ressentiment, on se sentirait obligé de le faire par politique. On croit qu'il est utile de se faire craindre, et on pense qu'on s'expose trop quand on est d'humeur à souffrir. Et peut-être qu'on supporterait cette maxime anti-chrétienne, si nous n'avions à ménager que les intérêts du monde : mais notre grand intérêt, c'est de savoir nous concilier la miséricorde divine ; c'est de ménager un Dieu ('^) qui ne pardonne jamais qu'à ceux qui pardonnent