‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 23 sur 573 · I. Autre correction autographe; substituée à ^< vertîis · texte numérisé non relu

I. Autre correction autographe; substituée à ^< vertîis

des noms trompeurs ! Car que sert d'avoir sur le visage tant de santé et tant de vie, si cependant la corruption nous gagne au dedans, si elle attend, pour ainsi dire, à se déclarer,qu'elle se soit emparée du principe de la vie; si, s'étant rendue invincible, elle sort enfin tout à coup avec furie de ses embûches secrètes et impénétrables, pour achever de nous accabler ? C'est ainsi que nous avons perdu cette grande reine, qui devait illustrer (') ce siècle entier ; et maintenant étant arrivée au séjour de l'éternité, elle n'est plus (') suivie que de ses œuvres ; et de toute cette grandeur, il ne lui en reste qu'un plus grand compte.

Et nMnc.reges.intelligite; erudimini, qitijudicatis terramif)'. « Ouvrez (^) les yeux, arbitres du monde ; entendez, juges de la terre. » Celui qui est le maître de votre vie l'est-il moins de votre grandeur ? Celui qui dispose de votre personne dispose-t-il moins de votre fortune? Et si ces têtes illustres sont si fort sujettes, nous, faibles particuliers, que pensons-nous faire, et combien devons-nous être sous la main de Dieu, et dépendants de ses ordres ? Car sur quoi se peut assurer notre prudence tremblante ? Que tenons-nous de certain ? Quel fondement a notre vie ? Quel appui a notre fortune ? Et quand tout l'état présent serait tranquille, qui

a. Ps.^ II, 10.

Sauveur que Dieu nous avait promis, le Saint-Esprit nous appellera des menteurs, et nous dira par la bouche de saint Jean que la vérité n'est pas en nous.

Craignons donc, chrétiens, craignons de mourir, car nous n'avons pas vu Jésus-Christ ; nous n'avons pas encore tenu le Sauveur entre nos bras, nous n'avons encore embrassé ni sa personne, ni ses préceptes, ni ses vérités {var. ni les saints enseignements de son Évangile). Malheur à ceux qui mourront avant que Jésus-Christ ait régné sur eux {var. sans avoir eu ce bonheur) ! O que la mort leur sera fâcheuse {var. terrible) ! ô que ses approches leur seront {var. ô que les approches en seront) terribles! ô que ses suites leur seront funestes et insupportables ! En ce jour toute leur grandeur {var. gloire) sera dissipée ; en ce jour tous leurs grands projets seront ruinés ; i. en ce jour périront, dit le Psalmiste, toutes leurs hautes pensées : » In illa die peribimt ovmes cogitationes eoruin (Ps., CXLV, 4) ; en ce jour commenceront leurs supplices ; en ce jour s'allumeront pour eux les feux éternels ; en ce jour la fureur et le désespoir s'empareront de Jeur âme, et ce ver qui ne meurt point enfoncera dans leur cœur

1. Autographe. Préféré avec raison à « durer le siècle entier.» — ^^//. ce siècle.

2. Correction autographe, La première rédaction portait : « elle n'est suivie désor?nais. »

3. Mot récrit par Bossuet, pour l'orthpgraphe. La copie portait : « Ouures. »

26 CARf.ME DE SAINT-GERMAIN.

nous garantira l'avenir ? Seront-ce les devins et les astroloq^ues ? Que je me ris de la vanité de ces faiseurs de pronostics, qui menacent qui il leur plaît, et nous font à leur gré des années fatales ! esprits turbulents et inquiets, amoureux des changements et des nouveautés, qui, ne trouvant rien à remuer dans la terre, semblent vouloir nouer avec les astres des intelligences secrètes, pour troubler et agiter le monde. Moquons-nous de ces vanités. Je veux qu'un homme de bien pense toujours favorablement de la fortune publique : et du moins n'avons-nous pas à craindre les astres. Non, non, le bonheur et le malheur de la vie humaine n'est pas envoyé à l'aveugle par des influences naturelles, mais dispensé avec choix par les ordres d'une sagesse et d'une justice cachée, qui punit comme il lui plaît les péchés des hommes ('). Ne craignons donc pas les astres; mais, mes frères (^), craignons nos péchés. Croyons que le grand pape saint Grégoire parlait à nous, quand il a dit ces belles paroles: Peccata nostra barbavicis viribus sociamus; et culpa nostra Jiostium gladios exacuity quœ reipîibhcœ vires gravât (^) : Ne voyez-vous pas, dit-il, que l'Etat gémit sous le poids de nos péchés; et que joignant nos crimes aux forces des ennemis, c'est nous seuls peut-être qui allons faire pencher la balance ? Quand deux grands

a. Lib. V', Epi st. xx^ ad Matcric.

ses dents dévorantes et venimeuses {var sa dent perçante, — pénétrante, — et envenimée), sans jamais lâcher la prise.

Ah ! mes frères, allons au temple avec Siméon, prenons JÉSUS en notre bras, donnons-lui un baiser religieux {var. un sacré baiser), embrassons-le de tout notre cœur.

Un homme de bien {Première rédaction :... ses dents dévorantes et venimeuses. Au contraire un homme de bien) ne sera pas étonné dans les approches de la mort. Son âme ne tient presque plus à rien ; elle est déjà comme détachée de ce corps mortel {var. ne tient presque plus à son corps) : autant qu'il a dompté de passions, autant a-t-il rompu de liens : l'usage de la pénitence et de la sainte mortification l'a déjà comme désaccoutumé de son corps et de ses sens; et quand il verra arriver la mort, il lui tendra de bon cœur les bras, il lui montrera luimême l'endroit où il faut qu'elle frappe son dernier coup. O mort, lui dira-t-il, je ne te nommerai ni cruelle ni inexorable : tu ne m'ôteras aucun des biens que

1. Dix mots autographes, depuis la fin de la phrase précédente. Première rédaction : «... publique ; du moins nous n'avons pas à craindre les astres : le bonheur ni le malheur de la vie humaine n'est pas dispensé par des influences naturelles, mais par les ordres d'une sagesse et d'une justice cachée, qui...» — Nous mettons en italiques les mots effacés.

Page 1