PURIFICATION DE LA STE VIERGE
2 Février 1666.
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Le second Carême prêché par Bossuet devant Louis XIV est appelé dans nos manuscrits second Carêvie du Louvre. Il était destiné en effet à la chapelle de ce palais ; mais la mort de la reine mère fut cause que toute la cour quitta Paris au commencement de 1666. Elle alla faire le deuil, assez gaîment du reste, à Saint- Germain-en-Laye : d'oia le nom que porte ce Carême.
La Gazette de Finance, toujours fort incomplète en pareille matière, mentionne six sermons prononcés par Bossuet : cela, sans autre utile indication. Nous possédons huit discours entiers et quatre fragments ; il est certain que d'autres ont péri. Ainsi nous n'avons qu'un sermon sur deux, qui furent prêches au commencement de la seconde semaine, le dimanche et le mercredi. Celui qui était destiné d'abord au troisième dimanche, et qui fut reporté au mercredi suivant, contient une allusion à un développement antérieur, qui ne se retrouve dans aucun de ceux qui sont conservés. Il en manquerait en tout sept sur dix-neuf, si la station avait été complète ; mais il y eut de nombreux déplacements de cet auditoire ambulant, qui rendirent parfois la prédication impossible. Un sermon composé pour le premier dimanche ne fut pas prêché, du moins à cette date ; d'ailleurs il ne nous est pas parvenu. Sur les douze que nous retrouvons, en totalité ou en partie, deux ne furent pas prononcés : celui de la Charité fraternelle^ dans la troisième semaine, et celui de V Ambition, dans la quatrième.
Lorsque la station s'ouvrit par anticipation, selon l'usage, le 2 février, on était à peu près au milieu de l'intervalle assez long qui s'écoula entre la mort d'Anne d'Autriche (20 janvier) et ses obsèques solennelles à Saint-Denis (12 février). L'orateur devait évidemment un souvenir à la princesse à qui il avait adressé si souvent ses chrétiennes exhortations. Il refit à cette intention la conclusion de son discours. L'allusion s'imposait tellement en
I. Mss., 12825, f. 117-153. In-4° ; marge d'un quart dans le brouillon, des deux cinquièmes dans les pages mises au net.
Sermons de Bossuet. — V. i
pareille circonstance qu'il faut, ce semble, conclure de l'existence de deux péroraisons que la première rédaction de ce sermon était antérieure au 20 janvier.
Pendant que le public était sous l'impression de ce funèbre événement, une guerre s'annonçait comme imminente entre la France et TAngleterre. L'apparition de deux comètes acheva de mettre en campagne l'imagination des faiseurs de pronostics. L'orateur, dans sa nouvelle péroraison, fit justice des rêveries astrologiques, qui ne trouvaient que trop d'écho à la cour.
Posiquain (') impleti suiit die s pur gationis ejiis secundiim legem Moysi, tulertmt illum in Jérusalem^ ut sisteretit eum Dojnino^ sicut scriptum est in lege Domini.
Le temps de la purification de Marie étant accompli selon la loi de Moïse, ils portèrent l'Enfant en (-) Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, ainsi qu'il est écrit dans la loi de Dieu.
{Luc.^ II, 22, 23.)
UN grand empereur (3) a prononcé qu'il n'y a rien de plus royal ni de plus majestueux qu'un prince qui se reconnaît soumis aux lois, c'est-à-dire, à la raison même : et certes le genre humain ne peut rien voir de plus beau que la justice dans le trône ; et on ne peut rien penser de plus grand ni de plus auguste que cette noble alliance de la puissance et de la raison, qui fait concourir heureusement à l'observance des lois et l'autorité et l'exemple.
Que si c'est un si beau spectacle qu'un prince obéissant à la loi, combien est plus admirable celui d'un Dieu qui s'y soumet! Et pouvons-nous mieux comprendre ce que nous devons aux lois, qu'en voyant dans le mystère de cette journée un Dieu fait homme s'y assujettir, pour donner à tout l'univers l'exemple d'obéissance ? Merveilleuse conduite de Dieu! Jésus-Christ venait abolir la Loi de Moïse par une Loi plus parfaite ; néanmoins, tant qu'elle subsiste, il
1. L'avant-propos, écrit après le reste, a été, comme la nouvelle péroraison, mis au net par une main étrangère. Bossuet y ajoute lui-même le texte, à la fin, le copiste n'ayant pas laissé de place au commencement.