T. VIII, Introduction^ XXVI II ; t. XII, p
2. Puisque, d'après M. Vallery-Radot, et d'après Deforis lui-même, il n'y a plus d'exorde, comment y a-t-il un texte.'* Peut-être se lisait-il, sans traduction, en tête du premier point. — Dans l'état où ce discours nous est parvenu, le plan n'apparaît pas nettement. L'orateur, à ce qu'il semble, traite successivement : de la vocation des apôtres en général ; de celle de saint André en particulier ; de celle de tous les chrétiens présents.
Aussi ne reçoit-il pas indifféremment tous ceux qui se présentent pour le suivre. Il y en a qu'il rebute ('), il y en a qu'il éprouve, il y en a qu'il diffère. Il a ses temps destinés, il a ses personnes choisies. Il jette (') ses filets, il tend ses rets sur cette mer du siècle, mer immense, mer profonde, mer orageuse et éternellement agitée {'). Il veut prendre des hommes dans le monde ; mais quoique cette eau soit trouble, il n'y pêche pas à l'aveugle : il sait ceux qui sont à lui ; il regarde {^), il considère, il choisit. C'est (^) aujourd'hui le choix d'importance; car il va prendre ceux par qui il a résolu de prendre les autres ; enfin il va choisir ses apôtres.
Les hommes jettent leurs filets de tous côtés ; ils amassent toutes sortes de poissons, bons et mauvais, dans les filets de l'Eglise, selon la parole de l'Evangile. Jésus choisit. Mais puisqu'il a le choix des personnes, peut-être commencera-t-il ses conquêtes par quelque prince de la synagogue, par quelque prêtre, par quelque pontife, ou par quelque célèbre docteur de la loi, pour donner réputation à sa mission et à sa conduite. Nullement. Écoutez, mes frères : « Jésus marchait le long de la mer de Galilée. Il vit deux pêcheurs, Simon et André son frère, et il leur dit : Venez après moi, et je vous ferai devenir des pêcheurs d'hommes. »
Voilà ceux qui doivent accomplir les prophéties, dispenser la grâce, annoncer la nouvelle alliance, faire triompher la croix. Est-ce qu'il ne veut point des grands de la terre, ni des riches, ni des nobles, ni des puissants, ni même des doctes, des orateurs et des philosophes ? Il n'en est pas ainsi. Voyez les âges suivants. Les grands viendront en foule se joindre à l'humble troupeau du Sauveur Jésus. Les empereurs et les rois abaisseront leur tête superbe, pour porter le joug. On verra les faisceaux romains abattus devant la croix de Jésus.
1. Première re'dactïon (effacée) : Il en renvoie, il en choisii. ( Vallery-Radot.)
2. La première rédaction donnait immédiatement: « Mais puisqu'il a le choix des personnes, peut-être commencera-t-il... » Elle a été complétée en marge.
3. Ces neuf derniers mots, qui font image, sont une surcharge. La première rédaction portait plus sèchement : «... sur cette vasie mer du siècle. »
4. Édit. et il regarde... — Cet et provient, selon le critique cité, d'une phrase inachevée, et supprimée « et si tous sont appelés, il y en a... »
5. Nouvelle addition. De même ce qui suit, jusqu'à : « Mais puisqu'il a le choix... > {Souvenirs Wtéraires^ p. 283.)
Les Juifs feront la loi aux Romains : ils recevront dans leurs Etats des lois étrangères, qui y seront plus fortes que les leurs propres : ils verront sans jalousie un empire s'élever au milieu de leur empire, des lois au-dessus des leurs : un empire s'élever (') au-dessus du leur, non pour le détruire, mais au contraire pour l'affermir. Les orateurs viendront, et on leur verra préférer la simplicité de l'Evangile et ce langage mystique à cette magnificence de leurs discours vainement pompeux. Ces esprits polis de Rome et d'Athènes viendront apprendre à parler dans les écrits des barbares. Les philosophes se rendront aussi ; et après s'être longtemps débattus et tourmentés, ils donneront enfin dans les filets de nos célestes pêcheurs, où étant pris heureusement, ils quitteront les rets de leurs vaines et dangereuses subtilités, où ils tâchaient de prendre les âmes ignorantes et curieuses. Ils apprendront, non à raisonner, mais à croire, et à trouver la lumière dans une intelligence captivée.
Jésus ne rebute donc point les grands, ni les puissants, ni les sages : il ne les rejette pas, « mais il les diffère : » Differantur isti superbi : aliqua soliditate sanandi sunt ('"). Les grands veulent que leur puissance donne le branle aux affaires ; les sages, que leurs raisonnements gagnent les esprits. Dieu veut déraciner leur orgueil, Dieu veut guérir leur enflure. Ils viendront en leur temps, quand tout sera accompli, quand l'Eglise sera établie, quand l'univers aura vu, et qu'il sera bien constant que l'ouvrage aura été achevé sans eux ; quand ils auront appris à ne plus partager la gloire de Dieu, à descendre de cette hauteur, à quitter dans l'Eglise, au pied de la croix, cette primauté qu'ils affectent ; quand ils se réputeront les derniers de tous ; les premiers partout, mais les derniers dans l'Église; ceux que leur propre grandeur éloigne le plus du ciel, ceux que leurs périls et leurs tentations approchent le plus près de Tabîme. Êtesvous ceux, ô grands, ô doctes, que la religion estime les plus heureux, dont elle estime l'état le meilleur ? Non ; mais, au contraire, ceux pour qui elle tremble, ceux qu'elle
a. s. Aug., Ser7n. LXXXVII, n. 12.