Var. à se délivrer — se retirer
de cette subtile contagion qu'on respire avec l'air du monde dans ses conversations et dans ses coutumes. Un roi même pénitent au milieu de sa cour et des affaires entre dans cet esprit de solitude ('). Il se retire souvent dans son cabinet. Si les affaires ne lui permettent pas d'être seul durant le jour ('), il passe la nuit en veillant ; et dans ce temps de silence et de liberté il s'abandonne au secret désir qui le pousse à soupirer et à gémir. Loin du monde ('), loin des compagnies, il n'a plus que Dieu devant les yeux pour s'affliger en sa présence, pour lui dire du fond de son cœur : <j: J'ai péché (^) devant vous seul, » et je veux aussi m'affliger en votre seule présence. Seul et invisible témoin de mes sanglots et de mes regrets, ah ! écoutez la voix de mes larmes : Tibi soli peccavi ('').
Et certes si nous examinons attentivement pourquoi Dieu et la nature ont mis dans nos cœurs cette source amère de regrets, il nous sera aisé (f) de comprendre que c'est pour nous affliger non tant de nos malheurs que de nos fautes. Les maux qui nous arrivent par nécessité portent toujours avec eux quelque espèce de consolation : c'est une nécessité, on se résout. Mais il n'y a rien qui aigrisse tant nos douleurs, que lorsque notre malheur vient de notre faute. Ainsi ce sont nos péchés qui sont le véritable sujet de nos larmes ; et il ne se faudrait jamais consoler d'avoir commis tant de fautes, n'était qu'en les déplorant on les répare. Et c'est une seconde raison pour laquelle les saints pénitents s'abandonnent à la douleur (^). Dans toutes nos autres pertes, les
a. Ps., L, 6.
1. C'est ce passage qui sert de preuve à Lâchât, pour essayer d'établir, après l'abbé Vaillant, que ce sermon a été prêché à la cour. On verra tout à l'heure, dans une phrase effacée, qu'il s'agit du roi David.
2. Var. Si les affaires du jour... — Si le jour ne lui permet pas...
3. Passage effacé : Car le pécheur pénitent n'est pas seulement dégoûté de lui-même, mais il est saintement indigné contre ses faiblesses honteuses. Quid est eniin pœnitentia^ nisi sua in (ms. ad) seipsum iracundia? (Serm, XIX, n. 2.) « Qu'est-ce, dit saint Augustin, que la pénitence, sinon une sainte indignation et une colère implacable de soi-même contre soi-même.'» C'est pourquoi ce roi pénitent {var. effacée : notre roi pénitent) disait encore : « Je me suis affligé sans mesure. >