Var. d'expliquer i^/r;/i^. — Ces derniers mots effacés
convenable que de vous proposer aussi nettement que mes forces le pourront permettre une excellente doctrine de saint Augustin dans le second livre du second ouvrage contre Julien ; où ce grand homme remarque que cette délivrance de tous nos péchés a trois parties principales et essentielles. Car, expliquant ces paroles de saint Jean- Baptiste : « Voici l'Agneau de Dieu, voici celui qui ôte le péché du monde, » il enseigne que le Fils de Dieu ôte en effet les péchés, et parce qu'il remet ceux qu'on a commis, et parce qu'il nous aide pour n'en plus commettre, et parce que par plusieurs périls et par plusieurs exercices, il nous mène enfin à la vie heureuse où nous ne pouvons plus tomber sous leur tyrannie (') : Tollit aiiteni et diviittendo qnœ fada su7tt, et adjît^ vando 7ie fiant, et perducendo ad vitam ubi fieri oninino non possint (^).
Et certes quand nous abandonnons au péché notre liberté égarée, il a sa tache qui nous déshonore, et sa peine qui nous poursuit. Et quand il nous a été pardonné par la grâce du saint baptême et par les clefs de l'Église, il a encore ses appas trompeurs et ses attraits qui nous tentent : Umcsquisque tentatnr a concicpiscentia sua (^). Et dans la plus grande vigueur de la résistance, voire même dans l'honneur [de] la victoire (^), si nous vivons sans péché, nous ne vivons pas sans péril, ayant toujours en nous-mêmes cette déplorable facilité et cette liberté malheureuse de céder à notre ennemi. Ainsi le divin Jésus, pour être notre Jésus, et remplir toute l'étendue d'un nom si saint et si glorieux, doit nous- délivrer par sa grâce premièrement du mal du péché, secondement de l'attrait, troisièmement du péril. C'est ce qu'il commence (2) en cette vie et qu'il achève dans la vie future. Il ôte le mal du péché par la grâce qui nous pardonne ; il en réprime (f) en nous l'attrait dangereux par la grâce qui nous aide et qui nous soutient ; il en arrache jusqu'à la racine et
a. op. imperf. contr. Julian.^ lib. II, n. 84. — M s. Tollit ofnfiino... ad vitam in qua fieri... — b. Jacob.., I, 14. — Ms... a sua concupiscentia.
1. Var. sous sa tyrannie — où nous ne pouvons plus en commettre aucun.
2. Vur-, dans la victoire et dans rhû?tneuy du triomphe. — Ces six mots etTacés.
3. Var. Il le fait successivement et par ordre. 4- ^'«^. combat.
le guérit sans retour dans la bienheureuse immortalité par la grâce qui nous couronne et [nous] récompense : Dei gratia regenera7ite non impiitandiDii, Dei gratia adjuvante frenanduni, Dei gratia renuinera^ite sanandiun (f).
Voilà (') les trois grâces qui sont enfermées dans le nom et la qualité de Sauveur, dont (^) j'espère vous montrer l'usage dans les trois points qui partageront ce discours.
PREMIER POINT
Quand {f) nous considérons la première idée que jette dans nos esprits le nom de Sauveur (f), rien ne nous paraît ni plus beau, ni plus grand, ni plus désirable. Ce nom met tous les hommes aux pieds de Jésus, lui donne autant de sujets et de créatures nouvelles qu'il délivre de captifs et qu'il affranchit d'esclaves, les attache à sa personne sacrée par les plus aimables de tous les liens, c'est-à-dire par les bienfaits, le fait les délices du genre humain, et l'objet éternel de notre amour. Mais certes quand on regarde à quoi engage ce nom, on est saisi de frayeur, et on trouve qu'il y a de quoi frémir ('). Car la rémission de nos péchés ne nous a pas
a. Lib. II contr, Jiilian,,Z2J^. iv, n. 9.
1. Suppression d'une conclusion dans le sermon de 1668. Elle est ici remplacée par la citation latine, qu'on vient de lire.