‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 43 sur 573 · Var. Le docte saint Jean Chrysostome · texte numérisé non relu

Var. Le docte saint Jean Chrysostome

excellente, dans la quatrième (') homélie sur l'évangile de saint Matthieu, où il dit à peu près ces mêmes paroles ('') : Je ne puis, dit-il, comprendre la cause de ce prodigieux aveuglement qui est dans les hommes, de croire se rendre illustres par cet éclat extérieur qui les environne, si ce n'est qu'ayant perdu leur bien véritable, ils ramassent tout ce qu'ils peuvent autour d'eux, et vont mendiant (^) de tous côtés la gloire qu'ils ne trouvent plus dans leur conscience.

Cette parole de saint Chrysostome me jette dans une plus profonde considération, et mi'oblige de reprendre les choses d'un plus haut principe. Tous les hommes sont nés pour la grandeur, parce que tous sont nés pour posséder Dieu. Car comme Dieu est grand, parce qu'il n'a besoin que de lui-même, l'homme aussi est grand, chrétiens, lorsqu'il est assez droit pour n'avoir besoin que de Dieu. C'était la véritable grandeur de la nature raisonnable, lorsque sans avoir besoin des choses extérieures, qu'elle possédait noblement sans en être en aucune sorte possédée, elle faisait sa félicité par la seule innocence (^) de ses désirs, et se trouvait tout ensemble et grande et heureuse, en s'attachant à Dieu par un saint amour (4). En effet, cette seule attache qui la rendait tempérante (^), sage, vertueuse, la rendait aussi par conséquent libre, tranquille, assurée. La paix de la conscience répandait jusques sur les sens une joie divine. L'homme avait en lui-même toute sa grandeur, et tous les biens externes dont il jouissait lui étaient accordés libéralement, non comme un fondement de son bonheur, mais comme une marque de son abondance. Telle était la première institution de la créature raisonnable.

Mais de même qu'en possédant Dieu elle avait la plénitude, ainsi en le perdant par son péché, elle demeure épuisée. Elle est réduite à son propre fonds, c'est-à-dire, à son premier néant: elle ne possède plus rien, puisque, devenue dépendante

a. Homil. iv in Matth.

1. Ms. dans la troisihne hoinilie (sic). — Les Bénédictins ont corrigé.

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