Var. pour les plus grands biens
7. Var. possédée. — Édit. Gazier : de se sentir si fort transportée par les choses méprisables. — Sentir., il est vrai, est une surcharge, au crayon ; mais l'auteur l'a effacée. On voit ainsi, en plus d'un endroit de cette page, la plume repasser sur des notes au crayon, soit pour les récrire, soit pour les éliminer.
Après avoir regardé d'où nous vient la joie, il faut encore considérer où elle nous mène. Car, ô plaisirs, où nous menez-vous ? à quel oubli de Dieu et de nous-meme[s] ! à quels malheurs et à quels désordres! Ne sont-ce pas les plaisirs déréglés (') qui ont conseillé tous les crimes ? Car quel en est le principe universel, sinon qu'on se plaît où il ne faut pas ? Donc la raison nous oblige à nous défier des plaisirs : flatteurs pernicieux, conseillers infidèles, qui ruinent (^) tous les jours en nous l'âme, le corps, la gloire, la fortune, la religion et la conscience.
Enfin il faut méditer combien la joie est durable : car Dieu, qui est la vérité même, ne permet pas à l'illusion de régner longtemps. Il se plaît (^) « d'anéantir dans sa cité sainte toutes ces félicités imaginaires, et, pour punir l'erreur volontaire de ceux qui ont pris plaisir à être trompés, fait succéder des maux trop réels à la courte imposture de leurs rêveries (^) : » VeltU somniicm surgentium, Domine, in civitate tua imaginein ipsoritm ad nihilu7n rédiges ('*).
Concluons donc (5), chrétiens, que si la félicité est une joie, c'est une joie fondée sur la vérité, gaudiu7n de veritate.
a. Ps., LXii, 20. (En marge. Nous ne blâmons cependant pas les éditeurs de l'avoir conservé dans le discours, parce qu'il vient bien à la fin d'une période.)
1. Var. les mauvais plaisirs. — Dans la fin de cet alinéa, nous suivons l'ordre adopté par Deforis. Il est conforme aux renvois contenus dans le manuscrit. M. Gazier les interprète autrement. Mais les idées s'enchaînent moins bien, semble-t-il, si on place tout d'abord avec lui : « flatteurs pernicieux... Conscience. Car quel en est...? »
2. Var. qui ont ruiné les âmes, les corps... — Bossuet, ajoutant « en nous, » rend nécessaire la correction des éditeurs : « l'âme, le corps. >>
3. Edit. Gazier : (i C'est lui, dit le Roi-Prophète, qui se plaît, pour piaiir l'' erreur volontaire de ceux qui ont pris plaisir à être trompés, d'anéantir dans sa cité sainte toutes les félicités imaginaires, et qm, pour punir V erreur volo7itaire de ceux qui 07it pris plaisir à être trompés, fait succéder des maux trop réels à la courte imposture de leurs rêveries : Velut... — La redite correspond à deux rédactions successives du manuscrit, dont Tune doit être considérée comme la variante, et l'autre constitue le texte véritable.
4. Var. d'un songe agréable. — Anciennes édit. d'anéantir dans sa cité sainte toutes les félicités imaginaires, comme un songe s'anéantit quand on se réveille, et qui... — C'est une première rédaction effacée. Cette page du manuscrit (p. 20) est la confusion même ; et tout à l'heure nous avions une mise au net !
5. Entre les pages 20 et 21 du manuscrit est intercalé un lambeau d'un sermon plus ancien. Voy. t. IV, p. 521 ; et la notice, p. 519 (carême de Saint-Thomas du Louvre : Sur P Amour des plaisirs).
comme la définit saint Augustin (''). Telle est la joie des bienheureux, non une joie seulement, mais une joie solide et réelle, dont la vérité est le fond, dont la sainteté est l'effet, dont l'éternité est la durée.
Mais ('), mes frères, ce n'est pas à moi de publier ces merveilles, pendant que le Saint-Esprit nous représente si vivement la joie triomphante (^) de la céleste Jérusalem par la bouche du {Drophète Isaïe(^') : « Je créerai, dit le Seigneur, un nouveau ciel et une nouvelle terre, et toutes les angoisses seront oubliées et ne reviendront jamais : » Oblivioni traditœ sunt angiistiœ priores et non ascendent super cor. « Mais vous serez ravis, et votre âme nagera dans la joie {f) durant toute l'éternité dans les choses que je crée : » Gaudebitis et exultabitis usqiie in sempiternum in his quœ ego creo. « Car je ferai que Jérusalem sera dans le ravissement, et que son peuple sera tout en joie (f) : » Quia ecce ego creo Jeritsalem exultationem, et populum ejus gaudiuju. « Et moi-même je me réjouirai en Jérusalem, et je triompherai de joie dans la félicité de mon peuple : » Et exultabo in Jérusalem, et gaudebo inpoptilo ineo (^).
a. Confess.^ lib. X, cap. xxin. — b. Is.^ lxv, i6 et seq.
1. Bossuet retranche ici, par un simple trait marginal au crayon, un alinéa tout entier. Les éditeurs, même M. Gazier, l'ont maintenu. Toutefois un détail était significatif: l'auteur a reporté les premiers mots: i. Telle est la joie des bienheureux, » en tête de la phrase précédente, afin de conclure d'une façon plus concise. On n'en continue pas moins une seconde fois : « Telle est la joie des bienheureux, dont la plénitude est infinie, dont les transports sont inconcevables et les excès tout divins i^ins. tous divins). Loin de notre idée les joies sensuelles qui troublent la raison et ne permettent pas à l'âme de se posséder {ariciennes édit. en sorte qu'on n'ose pas dire qu'elle jouisse d'aucun bien, puisque, sortie d'elle-même, elle semble n'être plus à soi : passage retranché ava?tt le reinanieme7it). Ici elle est vivement touchée dans son fond le plus intime, dans la partie la plus délicate et la plus sensible ;. toute hors d'elle, toute à elle-même, possédant Celui qui la possède, la raison toujours attentive et toujours contente. » — Si belles que soient ces pensées, elles ne doivent figurer qu'en note.
2. Var. le Saint-Esprit les représente si vivement par la bouche...
3. Var. vous vous réjouirez et votre âme tressaillira d'allégresse.
4. Var. que Jérusalem sera toute transportée d'allégresse et que son peuple sera dans le ravissement (texte des anciennes éditions). — Première rédactioji : Car je ferai Jérusalem transportée et son peuple tout en joie. — Littéralité de traduction jugée excessive par Bossuet lui-même.
5. Ces textes sont en marge. Mais comme rien n'indique ici qu'ils ne doivent pas être prononcés, nous les laissons à la place que leur ont assignée les précédents éditeurs.
Voilà en quelle manière le Saint-Esprit nous représente les joies de ses enfants bienheureux ('). Puis, se tournant à ceux qui sont sur la terre, à l'Église militante, il les invite en ces termes à prendre part aux transports de la sainte et triomphante Jérusalem : « Réjouissez-vous, dit-il, avec elle, ô vous qui l'aimez; réjouissez-vous avec elle d'une grande joie, et sucez avec elle la mamelle de ses consolations, afin que vous abondiez en délices (^), parce que le Seigneur a dit : Je ferai couler sur elle un fleuve de paix, et ce torrent se débordera avec abondance ; toutes les nations de la terre y auront part : et avec la même tendresse qu'une mère (^) caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, dit le Seigneur (^). »
Quel cœur serait insensible à ces divines tendresses ! Qu'a le monde {') de comparable ? Mais s'il se vante de
1. No/e 7narginale : M^Às nous avons part {edit. Gazier : y[.3t\s nous avons plus: — on peut être tenté de lire ainsi un mot confus ; mais ce n'est autre chose, croyons-nous, que le mot part, récrit ensuite plus lisiblement). Église, quoique éloignée de la face de JÉsus-Christ, votre époux... — Inachevé.
2. Anciennes édit. 2iS!QC tWt par U7ie foi vive la mamelle de ses consolations divifies, afin que vous abondiez en délices spirituelles. — Bossuet efface avec soin tous les mots ajoutés au texte même du prophète,
3. Var. et de même qu'une mère flatte... — Edit. Gazier : qu'une mère qui caresse. (Ce pronom n'est pas au manuscrit.)
4. En marge le latin, trop longue tirade pour être récitée entière : Lœtamini cuni Jérusalem., et exultate i?i ea., (omnes) qui diligitis eam ; gaudete cu?n ea gaudio...; ut sugatis et repleamitii ab ubere consolatio?iis ej'us; ut mulgeatis et deliciis affluatis ab omni??toda gloria ejus. Quia hœc dicit Donii}ius : Ecce ego declinabo super eam quasi fiuvium pacis, et quasi torrentein i?iundante)n gloriafn gentiiun... Quomodo si cui 7n iter blandiatur, ita ego coTtsolabor vos. (Is., LXVi, 10 etseq.)
5. La fin de ce second point, telle que la donnent toutes les éditions, est absolument inacceptable. Il y a au manuscrit plusieurs rédactions successives. Au lieu de s'ingénier à les fondre ensemble, il faut nécessairement opter. — Var. (seconde rédaction) : Quel cœur serait insensible à ces divines tendresses } Quittons, mes frères, tous nos vains plaisirs. Aspirons à ces joies célestes, qui seront d'autant plus touchantes qu'elles seront accompagnées d'un parfait repos, parce que nous ne les pourrons jamais perdre. [3"" point.] — Première rédaction : Quel cœur serait insensible à ces divines tendresses.^ Quittons, mes frères, tous nos vains plaisirs. Que de désirs différents sentent les malades ! La santé revient, et tous ces appétits déréglés s'évanouissent. Ne mettons point noire bonheur à contenter les appétits {var. désirs) irréguliers que la maladie a fait naître, etc. (sic). — Note marginale : H^u ! quam 710s subtiliter (les éditeurs corrigent : quatn pue7-iliter 710s) il le decipie7idi a7'tifex fallit....,ut 7i07i discernafnus, gaude7idi avidi, U7ide verius gaudeatnus. [Julian. Pomer., de Vit. co7ite77ipl.^ lib. II, cap. XIII.] C'est la maladie qui le désire.
5o8 av?:nt de saint-germain.
donner des joies, il n'ose pas même promettre de vous donner du repos (') : c'est l'héritage des saints, c'est le partage des bienheureux ; et c'est par où je m'en vais conclure.
TROISIÈME POINT
Le repos éternel des bienheureux nous a été figuré dès l'origine du monde, lorsque, Dieu ayant tiré du néant ses créatures, et les ayant arrangées dans une si belle ordonnance (^) durant six jours, établit et sanctifia le jour du repos dans lequel, comme dit la sainte Ecriture, « il se reposa de tout son ouvrage ('"). » Vous savez assez, chrétiens, que Dieu, qui fait tout sans peine {^), n'a pas besoin de se délasser de son travail ; et vous n'ignorez ('^) non plus qu'en consacrant ce jour de repos, il n'a pas laissé depuis d'agir sans cesse. ^ Mon Père, dit le Fils de Dieu, agit sans relâche ('^).» Et s'il cessait un moment de soutenir l'univers par la force de sa puissance (^), le soleil s'égarerait de sa route, la mer forcerait toutes ses bornes, la terre branlerait sur son axe, en un mot, toute la nature serait en un moment replongée, je ne dis pas dans l'ancien chaos, mais dans une perte totale et dans le non-être. Quand donc il a plu à Dieu de sanctifier le septième jour et d'y établir son repos, il a voulu nous faire comprendre qu'après la continuelle action par laquelle il développe tout l'ordre des siècles, il a désigné un dernier jour, qui est le jour (^) de l'éternité, dans lequel il se reposera avec ses élus ; disons mieux, que ses élus se reposeront éternellement en lui-même. Tel est le sabbat mystérieux, tel est le «jour de repos (^) qui est réservé au peuple de Dieu, >;
a. Gen., H, 2. — â. Joan.^ V, 17.
1. Var. le repos. — Pre?mcre rédaction: de vous y donner. — Le pronom relatif est effacé.
2. Var. une si belle disposition, — les ayant disposés dans un si bel ordre.