‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 450 sur 573 · Var. puissantes · texte numérisé non relu

Var. puissantes

4. Var. Chrétien, il y a trop longtemps que l'enflure de tes plaies... (Tout le développement au singulier.)

5. Le latin est en marge. iMais le soin que prend Bossuet de remplacer neque curata par ncc acrata semble indiquer l'intention de se le rappeler avec exactitude, sans doute pour le citer en chaire.

6. Première rédaction : ou si tu t'es confessé dans cette solennité.

Sire, celui-là serait haï de Dieu et des hommes, qui ne souhaiterait pas votre gloire (') même en cette vie, et qui refuserait d'y concourir de toutes ses forces par ses fidèles services. Mais certes je trahirais Votre Majesté, et je lui serais infidèle, si je bornais mes souhaits pour elle dans cette vie périssable. Vivez donc toujours heureux, toujours fortuné, victorieux de vos ennemis, père de vos peuples : mais vivez toujours bon et (^) toujours juste, toujours humble et toujours pieux, toujours attaché à la religion et protecteur de l'Eglise. Ainsi nous vous verrons toujours roi, toujours auguste, toujours couronné, et en ce monde et en l'autre. Et c'est la félicité que je vous souhaite, avec le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.

1. Var. Celui-là est haï de Dieu et des hommes qui ne souhaite pas de vous voir heureux.

2. Et est oubUé dans toutes les éditions. Cet oubli détruit la symétrie des membres de phrase.

â ORAISON FUNÈBRE P^

fer

DE HENRIETTE de FRANCE,

Reine de la Grande-Bretagne,

prononcée le 16 novembre 1669 (').

Entre le sermon d'ouverture de l'Avent de Saint-Germain et celui du premier dimanche se place un discours, dont le voisinage serait écrasant pour ceux d'un autre orateur, ou même pour ceux de Bossuet, si on les prenait dans les époques antérieures. La duchesse d'Orléans avait eu l'heureuse inspiration de le choisir pour faire l'oraison funèbre de sa mère.

Henriette de France était la dernière fille de Henri IV et de Marie de Médicis. Elle était née (25 novembre 1609) quelques mois seulement avant la mort tragique de son père. Elle fut mariée, dès sa seizième année, au roi d'Angleterre, Charles pr. L'espoir de ramener ce royaume à l'unité catholique avait décidé le pape Urbain VHI, après d'assez longues négociations, à accorder la dispense sur la disparité de culte. On put se flatter pendant quelque, temps de la réalisation de cette espérance. La jeune reine, d'abord déçue de ne trouver dans le roi qu'elle venait épouser qu'une bien petite partie des brillantes qualités qu'on lui avait représentées dans des descriptions de complaisance, mortifiée à tout propos par des sujets qui n'avaient que de l'antipathie pour sa nationalité et surtout pour sa foi religieuse, avait réussi cependant, malgré tous les obstacles, à acquérir bientôt un grand ascendant sur son époux, surtout après la chute du favori Buckingham. Les seize premières années de son mariage furent favorables, grâce à son influence, aux catholiques persécutés.

Mais l'esprit de révolte que la royauté avait favorisé contre l'Église allait maintenant s'attaquer à la royauté même. De 1641 à 1649, les partisans du Parlement eurent les armes à la main contre leur prince. La reine montra en cette occasion ses talents et son grand cœur. Organiser une armée de secours en Hollande, l'amener au roi malgré les tempêtes, et malgré le canon des parlementaires ;

I. Le titre de l'édition originale ajoute : EN PRÉSENCE DE MONSIEUR, FRÈRE UNIQUE DU ROI, ET DE iMADAME, EN L'ÉGLISE DES RELIGIEUSES DE SAINTE- MARIE DE CHAILLOT, OU REPOSE LE CŒUR DE SA MAJESTÉ. — Monsieur^ frère du roi, était le gendre de la reine d'Angleterre, par son mariage avec Henriette- Anne d'Angleterre. — Plus de manuscrit.

5t8 oraison funèbre

raffermir les fidélités chancelantes, ^a^^ner de nouveaux partisans à la cause royale -.c'est à quoi elle se dévoua en 1643, avec un courage et une habileté qui forcèrent quelque temps le succès : « toujours à cheval, dit Madame de Motteville, dans ses Mémoires, sans nulle délicatesse de femme, vivant avec ses soldats à peu près comme on peut s'imaginer qu'Alexandre vivait avec les siens. Elle mangeait avec eux à découvert, au soleil, sans nulles cérémonies ; elle les traitait comme ses frères, et ils l'aimaient tous uniquement. »

Si Charles V"^ avait su profiter résolument des succès remportés dans cette campagne, et marcher droit sur Londres, il eût pu — des historiens de sa nation, Hume et Macaulay, sont bien près de le croire avec Bossuet — sortir victorieusement de la guerre civile. Ses généraux s'attardèrent à assiéger des places. La résistance de celle de Glocester donna le temps aux parlementaires de reprendre l'avantage. Après la défaite de Newbury, la reine, voyant approcher l'époque de la naissance de son sixième enfant, qui fut Henriette- Anne, dut s'arrêter à Oxford d'abord, puis à Exeter. De là, douze jours après ses couches selon madame de Motteville, elle fut contrainte de s'enfuir de nouveau ; et elle ne trouva de sûreté que lorsqu'un navire hollandais l'eut fait aborder sur les côtes de France. Après avoir essayé de réparer par les eaux de Bourbon sa santé délabrée, elle arriva enfin à Paris au mois de novembre 1644. Anne d'Autriche, sa belle-sœur, l'accueillit royalement ; mais la politique égoïste de Mazarin refusa toute immixtion dans les affaires d'Angleterre. Henriette ne put envoyer au roi son mari d'autre secours que la meilleure part de l'argent qui lui était donné pour elle-même. Pendant la Fronde, sa pension, payée jusque-là avec assez peu de régularité, cessa tout à fait de l'être. Le cardinal de Retz, étant allé lui faire une visite (janvier 1649), ^^ trouva près du lit de sa fille, qui lui avait été ramenée en 1644. « Vous voyez, lui dit-elle, je viens tenir compagnie à Henriette : la pauvre enfant n'a pu se lever aujourd'hui, faute de feu. » Il y avait six mois que Mazarin laissait la reine d'Angleterre sans ressources, et les marchands ne voulaient plus rien fournir pour sa maison.

Peu après, elle apprit la nouvelle de l'exécution de Charles I^^ « Elle en a porté, dit madame de Motteville, un deuil perpétuel, et sur sa personne et dans son cœur. » L'éducation de sa fille, le soin de sa propre sanctification, absorbèrent désormais toute son existence. De temps en temps, de nouvelles alarmes ou des consolations inattendues vinrent la surprendre. C'était en 165 i la défaite essuyée par l'aîné de ses fils, Charles H, à Worcester, après une tentative hardie en Ecosse, qui avait fait espérer un instant qu'il allait reconquérir la couronne de son père. C'était en 1657 un traité, utile

peut-être, mais assurément honteux, conclil par Mazarin avec Cromwell,dont une clause portait que les trois fils de Charles Jcf seraient bannis de la terre de France, oij ils s'étaient réfugiés auprès de leur mère. Elle-même venait de recevoir un affront direct de l'ennemi de sa famille: s'étant hasardée à faire réclamer son douaire par l'intermédiaire de l'ambassade de France, elle s'était attiré de la part de Cromwell cette insolente réponse, qu'on ne l'avait jamais reconnue en Angleterre, comme épouse légitime. C'était, dans un sens contraire, en 1660, le rétablissement inespéré de son fils sur le trône : et presque dans le même temps le mariage de sa fille avec le duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

Étant retournée à cette époque à deux reprises en Angleterre, elle put bientôt constater que sa qualité de catholique fervente la rendait toujours également impopulaire. Elle repartit pour la France, avec la résolution de ne plus s'en éloigner (1665).

Les dernières années de sa vie s'écoulèrent dans le recueillement et les exercices de piété, tantôt à la Visitation de Chaillot, tantôt à Colombes, oia elle avait une maison de campagne. C'est là qu'elle s'éteignit, le 10 septembre 1669, dans sa 60^ année. D'après le médisant Guy-Patin, sa mort aurait été causée par une pilule d'opium, que le médecin Valot lui aurait administrée à son insu, pour calmer ses insomnies. Le public le crut de même ; et on en fit un couplet satirique :

, Le croirez-vous, race future,

Que la fille du grand Henri Eut en mourant même aventure Que feu son père et son mari ?

Tous trois sont morts par assassin Ravaillac, Cromwell, médecin...

Madame de Motteville, qui avait vécu dans l'intimité de Henriette de France, rédigea pour Bossuet une notice sur sa vie ('). L'orateur y a pris quelques beaux traits, surtout dans sa dernière partie : là se lisait la belle parole sur les deux choses dont elle remerciait Dieu : « la première de l'avoir fait chretieime, la seconde de l'avoir fait reine mallieiirense. »

Bossuet, qui n'avait publié aucun de ses discours, ne put refuser l'impression de celui-ci ; et ce précédent entraîna comme conséquence la publication des oraisons funèbres qu'il eut à prononcer dans la suite. Lorsqu'il les réunit en 1689, dans un seul volume (-),

I. Conservée aux Archives^ non à la Bibliothèque nationale, comme le dit M. Jacquinet. ,

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