‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 452 sur 573 · Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV · texte numérisé non relu

Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV

3. M. Jacquinet rapproche très heureusement de ce passage la conclusion du Discours sur VHistoire universelle. On y trouve plusieurs idées et même plusieurs expressions semblables.

4. Fille de Henri IV, fernme de Charles V\ mère de Charles II. Souveraine jadis de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande. Celle-ci était réunie à la couronne d'Angleterre depuis le xii^ siècle ; celle-là depuis le commencement du xvn^ siècle seulement (1603).

appelle de. tous côtés à cette triste cérémonie, ce discours vous fera paraître un de ces exemples redoutables, qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines : la félicité sans bornes, aussi bien que les misères ; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de l'univers ; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulé (') sur une tête, qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune ; la bonne cause d'abord suivie de bons succès, et, depuis, des retours soudains, des changements inouïs ; la rébellion longtemps retenue, à la fin tout à fait maîtresse ; nul frein à la licence ; les lois abolies ; la majesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus; l'usurpation et la tyrannie sous le nom de liberté; une reine fugitive, qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil ; neuf voyages sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes ; l'Océan étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divers, et pour des causes si différentes ; un trône indignement renversé, et miraculeusement rétabli. Voilà les enseignements que Dieu donne aux rois : ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs. Si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé, les choses parleront assez d'elles-mêmes. Le cœur d'une grande reine (^), autrefois élevé par une si longue suite de prospérités, et puis plongé tout à coup dans un- abîme d'amertumes, parlera assez haut ; et s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges, un roi me prête ses paroles pour leur dire : Et mine, Teges, intelligite ; ertidimmi, qui jtidicatis terrain : « Entendez, ô grands de la terre ; instruisez-vous, arbitres du monde. »

1. Edit. Lâchât : accumulées. — Cette faute n'est pas dans Deforis. Avant lui cependant, on avait déjà glissé ici le féminin, mais au singulier (édit. de 1741, chez J. Desaint) ; mais on était revenu ensuite à la leçon véritable (édit. de 1774, chez Saillant, et chez la V* Desaint).

2. Ce cœur était la part qui avait été faite au couvent de Chaillot dans la dépouille mortelle de Henriette de France. Il était là, dans une urne ; le corps avait été reçu dans le caveau royal de Saint-Denis.

Mais la sage et religieuse princesse qui fait le sujet de ce discours n'a pas été seulement un spectacle proposé aux hommes pour y étudier les conseils de la divine Providence, et les fatales révolutions des monarchies ; elle s'est instruite elle-même, pendant que Dieu instruisait les princes par son exemple. J'ai déjà dit que ce grand Dieu les enseigne et en leur donnant et en leur ôtant leur puissance. La reine dont nous parlons a également entendu deux leçons si opposées ; c'est-à-dire, qu'elle a usé chrétiennement de la bonne et de la mauvaise fortune. Dans l'une, elle a été bienfaisante ; dans l'autre, elle s'est montrée toujours invincible. Tant qu'elle a été heureuse, elle a fait sentir son pouvoir au monde par des bontés infinies ; quand la fortune l'eut abandonnée, elle s'enrichit plus que jamais elle-même de vertus : tellement qu'elle a perdu pour son propre bien cette puissance royale qu'elle avait pour le bien des autres ; et si ses sujets, si ses alliés, si l'Eglise universelle a profité de ses grandeurs, ellemême a su profiter de ses malheurs et de ses disgrâces plus qu'elle n'avait fait de toute sa gloire. C'est ce que nous remarquerons dans la vie éternellement mémorable de très haute, très excellente et très puissante princesse Henriette- Marie de France, reine de la Grande-Bretagne (').

Quoique personne n'ignore les grandes qualités d'une reine dont l'histoire a rempli tout l'univers, je me sens obligé d'abord à les rappeler en votre mémoire, afin que cette idée nous serve pour toute la suite du discours. Il serait superflu de parler au long de la glorieuse naissance de cette princesse : on ne voit rien sous le soleil qui en égale la grandeuç. Le pape saint Grégoire a donné dès les premiers siècles cet éloge singulier à la couronne de France : « qu'elle est autant au-dessus des autres couronnes du monde, que la dignité royale surpasse les fortunes particulières (^). » Que s'il a

1. Ces formules étaient en usage dans les solennités funèbres. On en abusait quelquefois. Une nièce de l'abbesse de Chelles était morte avant d'être pensionnaire. On apporta son corps à l'abbaye, et on grava sur sa tombe : <L Ci-gist ires haute et très illustre demoiselle Mademoiselle de Cosse de Brissac, morte âgée de j aiis^ 1678. »

2. Quant 0 ce ter os hotnines regia dignitas aniecedit^ tanto ce ter arum gentium

parlé en ces termes du temps du roi Childebert ('), et s'il a élevé si haut la race de Mérovée, jugez ce qu'il aurait dit du sang de saint Louis et de Charlemagne. Issue de cette race, fille de Henri le Grand, et de tant de rois, son grand cœur a surpassé sa naissance. Toute autre place qu'un trône eût été indigne d'elle. A la vérité elle eut de quoi satisfaire à sa noble fierté, quand elle vit qu'elle allait unir la maison de France à la royale famille des Stuarts, qui étaient venus à la succession de la couronne d'Angleterre par une fille de Henri VII (^), mais qui tenaient de leur chef depuis plusieurs siècles le sceptre d'Ecosse, et qui descendaient de ces rois antiques, dont l'origine se cache si avant dans l'obscurité des premiers temps. Mais si elle eut de la joie de régner sur une grande nation, c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire du bien. Elle eut une magnificence royale; et l'on eût dit qu'elle perdait ce qu'elle ne donnait pas. Ses autres vertus n'ont pas été moins admirables. Fidèle dépositaire des plaintes et des secrets, elle disait que les princes devaient garder le même silence que les confesseurs, et avoir la même discrétion Dans la plus grande fureur des guerres civiles, jamais on n'a douté de sa parole, ni désespéré de sa clémence. Quelle autre a mieux pratiqué cet art obligeant qui fait qu'on se rabaisse sans se dégrader, et accorde si heureusement la liberté avec le respect ? Douce, familière, agréable autant que ferme et vigoureuse, elle savait persuader et convaincre aussi bien que commander, et faire valoir la raison non moins que l'autorité. Vous verrez avec quelle prudence elle traitait les affaires ; et une main si habile eût sauvé l'Etat, si l'Etat eût pu être sauvé (^). On ne peut assez louer la magnanimité

régna reg?n vestfi profecto ailmeii excellit. (Lib. VI, Epist. vi.) — C'est le passage que nous trouvions en marge du manuscrit, dans le sermon sur les Devoirs des rois, et que nous éliminions du texte, de même que celui qu'on rencontrera ci-après, dans le n. 3 de la p. 525. {Ci. t. IV, p. 267, et 273.)

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