‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 471 sur 573 · Var. nous aveuglent · texte numérisé non relu

Var. nous aveuglent

captives devant le redoutable tribunal de Jésus-Christ, avant que nous ayons seulement songé à en prévenir les rigueurs par la pénitence. C'est ce dangereux assoupissement que craignait le divin Psalmiste, lorsqu'il faisait cette prière: « Eclairez mes yeux, ô Seigneur ! de peur que je ne m'endorme dans la mort ('*). » C'est pour prévenir l'effet de cette mortelle léthargie, que l'Apôtre nous dit aujourd'hui : « Mes frères, l'heure est venue de vous réveiller de votre sommeil.» Et moi, pour suivre ses intentions, je combattrai tout ensemble le sommeil et la langueur ; le sommeil qui vous (') rend insensibles ; la langueur qui, vous empêchant de vous éveiller tout à fait et de vous lever promptement, vous replonge de nouveau dans le sommeil. [Je] vous montrerai en deux points, premièrement, chrétiens, que ceux-là sont trop nonchalamment et trop malheureusement endormis, qui ne pensent pas à Dieu ni à sa justice; secondement, que l'heure est venue de nous réveiller de ce sommeil ; et que cette heure, c'est l'heure même où nous sommes (^), et celle où je vous excite et où je vous parle. Ainsi, après avoir éveillé ceux qui dorment dans leurs péchés, je tâcherai de vaincre les délais de ceux qui disputent trop longtemps avec leur paresse. Voilà simplement et en peu de mots le partage de mon discours. Donnez-moi (^) du moins vos attentions dans un discours où il s'agit de l'attention elle-même.

PREMIER POINT

Afin que personne ne croie que ce soit un crime léger de ne penser pas à Dieu, ou d'y penser sans considérer combien c'est une chose terrible de tomber entre ses mains, j'entreprends de vous faire voir que ce crime est une espèce d'athéisme (^).

a. Ps., XII, 4.

1. Anciennes édit. nous rend..., nous empêchant, etc. — La différence entre fioîis^ et vous (nous) est quelquefois bien légère.

2. Edit. où nous sommes présentement. — Cet adverbe fait partie de la var. « qui se passe présentement — à présent. »

3. Var... le partage de mon discours et le sujet de vos attentions.

4. Edit. Gazier: un véritable athéisme. — C'est une correction, il est vrai ; mais l'auteur l'a barrée, pour revenir à la première rédaction.

Dixit iiisipie^is in corde suo: Non est Deits, dit le psaume lu: « L'insensé a dit en son cœur, il n'y a point de Dieu. » Les saints Pères nous enseif^nent que nous pouvons nous rendre coupables en plusieurs façons de cette erreur insensée ('). Il y a en premier lieu les athées et les libertins, qui disent ouvertement que les choses vont au hasard et à l'aventure, sans ordre, sans gouvernement, sans conduite supérieure : insensés, qui dans l'empire de Dieu, parmi ses ouvrages, parmi ses bienfaits, osent dire qu'il n'est pas, et ravir l'être à Celui par lequel subsiste toute la nature ! La terre porte peu de tels monstres ; les idolâtres mêmes et les infidèles les ont en horreur ; et lorsque dans la lumière du christianisme on en découvre quelqu'un, on en doit estimer la rencontre malheureuse et abominable. Mais que l'homme sensuel (^) prenne garde que Dieu ne le livre tellement à la tyrannie des sens, qu'à la fin il vienne à croire que ce qui n'est pas sensible n'est pas réel ; que ce qu'on ne voit ni on ne touche pas (3), n'est qu'une ombre et un fantôme ; [et] que les idées sensibles prenant le dessus, toutes les autres ne paraissent douteuses ou tout à fait vaines. Car c'est là que sont conduits insensiblement ceux qui laissent dominer les sens et ne pensent qu'à les satisfaire.

On en voit d'autres, dit le docte Théodoret [^), qui ne viennent pas jusqu'à cet excès de nier la Divinité, mais qui, pressés et incommodés dans leurs passions déréglées par ses lois qui les contraignent, par ses menaces qui les étonnent, par la crainte de ses jugements qui les trouble, désireraient que Dieu ne fût pas : bien plus, ils voudraient pouvoir croire que Dieu n'est qu'un nom, ils voudraient {^) pouvoir

a. In Ps. LU.

1. A^ote marginale : Athées par erreur, par volonté, par oubli. — Anciennes édif. en plusieurs façons de cette erreur insensée, par erreur, par volonté, par oubli. — Toujours le même système d'entasser dans le texte les notes, les variantes, et jusqu'aux résumés, quand il s'en rencontre.

2. Anciemies édif. Mais que l'homme de plaisir, sensuel, qui laisse dominer les sens et ne songe qu'à les satisfaire, prenne garde que Dieu ne le livre tellement à leur tyrannie... — Var. Mais que l'homme de plaisir qui laisse dominer... (ut supra).

3. Edit. ce qu'on ne voit ni ne touche. — Rajeunissement du texte de l'auteur.

4. Les anciens éditeurs renvoyaient à la suite de la phrase cette belle addition : M. Gazier lui a assigné sa place véritable. — Var. ils voudraient anéantir...

réduire au néant cette source féconde de l'être, et disent dans leur cœur, non par persuasion, mais par désir : Non est Deus : « Il n'y a point de Dieu. »« Ingrats et insensés, dit saint Augustin, qui, parce qu'ils sont déréglés, voudraient détruire la règle, et souhaitent qu'il n'y ait ni loi ni justice : » Qui dum nolunt esse justi, nolunt esse veritatern qua dcwinantur mjusti (^). Je laisse encore ceux-ci, et je veux croire qu'aucuns de mes auditeurs (') ne sont si dépravés et si corrompus. Je viens à une troisième manière de dire que Dieu n'est pas, de laquelle nous ne pourrons pas nous excuser.

Voici le principe que je pose. Ce à quoi nous ne daignons penser est comme nul à notre égard. Ceux-là donc disent en leur cœur que Dieu n'est pas, qui ne le jugent pas digne qu'on pense à lui sérieusement : à peine sont-ils attentifs à sa vérité, quand on prêche ; à sa majesté, quand on sacrifie ; à sa justice, quand il frappe ; à sa bonté, quand il donne (^) ; enfin, qui le comptent tellement pour rien, qu'ils pensent en effet n'avoir rien à craindre, tant qu'ils n'ont que lui pour témoin. Qui de nous n'est pas de ce nombre } Qui n'est pas arrêté dans ses entreprises {^) par la rencontre d'un homme qui n'est pas de son (^) secret ni de sa cabale ? et cependant ou nous méprisons, ou nous oublions i^) le regard de Dieu! N'apportons pas ici l'exemple de ceux qui roulent en leur esprit quelque vol ou quelque meurtre : tout ce qu'ils rencontrent les trouble, et la lumière du jour et leur ombre propre leur fait peur : ils ont peine à porter eux-mêmes l'horreur de leur funeste secret : et ils vivent cependant dans une souveraine tranquillité des regards de Dieu. Laissons ces tragiques attentats ; disons ce qui se voit tous les jours. Quand vous déchirez en secret ceux (^) que vous

a. Injoan. Tract, xc, n. 3. — Ce texte est en marge. Rien à en conclure, la page étant une mise au net, où l'auteur imite les imprimés du temps.

1. Var. qu'il n'y a aucun {corrigé: aucuns) — qu'il y a peu — de mes auditeurs qui soient...

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