Var. inévitable
SERMON SUR l'?:NDURCISSEMENT. 56,
SECOND POINT
Jésus-Christ commande (') à ses ministres de dénoncer à tous ceux qui diffèrent de jour en jour leur conversion (-) qu'ils seront surpris infailliblement dans les pièges de la mort et de l'enfer ; et qu'à moins de veiller (^) à toutes les heures, il viendra une heure imprévue qui ne [leur] laissera aucune ressource. Ecoutez, non la parole des hommes, mais la parole de Jésus-Christ même, en saint Matthieu et en saint Luc ('') : « Veillez parce que vous ne savez pas à quelle heure viendra votre Seigneur. Car sachez que si le père de famille était averti de l'heure à laquelle le voleur doit venir, sans doute il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. Vous donc aussi soyez toujours prêts, parce que le Fils de l'Homme viendra à l'heure que vous ne pensez pas. Qui est
a. Matth.^ XXIV, 42 et seq. ; Ltcc.^ Xll, 39 et seq. {Ms.^ 42.)
1. Les hésitations, au début de ce second point, remplissent la page 21 presque entière. Voici les rédactions successives que l'auteur a effacées : « Si (je ne me suis...) vous avez été attentifs aux choses que je viens de dire, deux raisons principales vous auront fait voir combien il est dangereux d'oublier le soin de son salut : la première, que cet oubli est un crime qui (notis) attire sur nous des peines terribles, l'autre, {quHl est lui-même) (que cet oubli même est) qu'il est lui-même un commencement de juste supplice, parce qu'il (est) nous est une marque {certaine que Dieu retire ses grâces) que Dieu, ennuyé de nous et las de nos duretés, retire ses grâces. Maintenant il me sera aisé de vous faire voir que ces deux raisons pressent tellement qu'elles ne permettent au pécheur aucun délai : ((Voit il s^e?isuit que V heure est venue et qu'il faut ?tous réveiller prompteinent^ si nous ne voulons perdre notre éternité :) Hora est jain nos^ etc.
Premièrement, chrétiens, (J/:sus-Christ) le Fils de Dieu nous a enseigné dans son Évangile que la science des temps est l'un des secrets que le Père a mis en sa puissance. — Nouvelle rédaction (de cette dernière phrase, et non de tout le début, comme le dit M. Gazier) : Premièrement, chrétiens, {celui qui néglige son salut) celui qui diffère (toujo\}irs'\) (si) longtemps de penser à son salut peut s'assurer qu'il sera surpris dans les pièges de la mort et de l'enfer... >
— Nouveau début, très abrégé : « (J'e titrerai...) Je ne ferai pas, messieurs, un long circuit, et je vous dirai nettement (que qui diffère... qu'en différant de jour en jour de penser à son salut, on peut s'assurer qu'on...) que celui qui diffère {édit. Gazier : qui différera) de jour en jour de penser à son salut doit s'assurer qu'il sera surpris dans... » — Les mots en italiques étaient effacés avant le reste.
Bossuet abandonne encore cette rédaction, pour donner à sa parole sur ce point décisif une autorité souveraine, en rappelant l'ordre donné par JÉSUS- Christ à ses ministres de répéter aux pécheurs ses propres avertissements.
2. Var. d'annoncer à tous les pécheurs que s'ils diffèrent..., ils seront surpris...
3. Var. et que s'il ne veille... qui ne lui laissera aucune ressource. (Se rapportait à la dernière des rédactions effacées.)
le serviteur fidèle et prudent que son maître a établi sur tous ses serviteurs, afin qu'il leur distribue dans le temps leur nourriture? Heureux est ce serviteur, si son maître à son arrivée le trouve agissant de la sorte ! Je vous dis en vérité qu'il l'établira sur tous ses biens. Mais si ce serviteur est méchant, et qu'il dise en son cœur : Mon maître n'est pas prêt à venir ('), et qu'il commence à maltraiter (^) ses compagnons, et à manger et à boire, et à s'enivrer {^) : le maître de ce serviteur viendra au jour auquel il ne s'attend pas, et à l'heure qu'il ne sait pas, et il le séparera et lui donnera le partage des infidèles et des hypocrites. C'est là qu'il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
Cette parabole de l'Evangile nous découvre en termes formels deux vérités importantes : la première, que Jésus- Christ a dessein de nous surprendre ; la seconde, que le seul moyen qu'il nous donne pour éviter la surprise, c'est de veiller sans relâche. Tel ('*) est le conseil de Dieu, et la sage économie que ce grand Père de famille a établie {^) dans sa maison. Il a voulu avoir des serviteurs vigilants et perpétuellement (^) attentifs. C'est pourquoi il a disposé de sorte le cours imperceptible du temps que nous ne sentons ni sa fuite ni les larcins qu'il nous fait ; en sorte que (^) la dernière heure nous surprend toujours. Il faut ici nous représenter cette illusion trompeuse (^) du temps, et la manière dont il se joue de notre faible imagination. Le
1. Prêt à ou Prêt de^ étaient synonymes. Ils se disaient indififéremment pour prêt à et près de. C'est cette dernière expression que nous emploierions ici.