‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 491 sur 573 · F<?r Pourquoi appesantissez-vous · texte numérisé non relu

F<?r Pourquoi appesantissez-vous

sans délai, puisque chaque délai aggrave vos peines. Car attendez-vous à vous éveiller que vous soyez retourné parmi vos plaisirs ? Et quand faut-il que le chrétien veille, sinon quand Jésus-Christ parle? Faites réflexion sur vousmême[s] (') : pensez-vous être bien loin de cette mortelle léthargie, de cet endurcissement funeste, dont vous êtes menacé[s] si terriblement par tant d'oracles de l'Ecriture ? Songez à vos premières chutes : votre cœur vous frappait alors : Peraissit \atite7i{\ cor David eum i^). Vos remords étaient plus vifs et vos retours à Dieu plus fréquents. Vous périssiez, mais souvent vous versiez des larmes sur votre perte, et vos tristes funérailles étaient du moins honorées de quelque deuil. Maintenant vous paraissez confirmé[s] dans votre crime : les saints avertissements ne vous touchent plus : les sacrements vous sont inutiles. Craignez enfin, chrétiens, que Dieu ne vous livre au sens réprouvé, et que votre âme ne devienne un vaisseau cassé et rompu qui ne puisse plus contenir la grâce. C'est de quoi sont menacés par le Saint-Esprit ceux qui profanent les sacrements par leurs rechutes, et qui entretiennent leurs mauvais désirs par leur complaisance. « Je les briserai, dit le Seigneur (^), comme un pot de terre, et les réduirai tellement en poudre qu'il ne restera pas le moindre fragment, sur lequel on puisse porter une étincelle de feu, ou puiser une goutte d'eau ('') : » Etrange état de cette âme cassée et rompue ! Elle s'approche du sacrement de pénitence : et de ce fleuve de grâce qui en découle il ne lui en demeure pas (^) une goutte d'eau. Elle écoute de saints discours qui seraient

a. II Ref[.^ XXIV, 10. — Ms. Percussit eiim cor David. — b. Is.y XXX, 14.

1. On peut se demander si le singulier n'est pas à conserver ici et dans les participes qui suivent. Mais l'orateur disant immédiatement après : « Craignez enfin, chrétiens^ » l'hypothèse d'une inadvertance est la plus probable. Nulle n'est plus fréquente du reste dans nos manuscrits que celle du participe ou de même. D'ailleurs la distraction vient propablement de ce que l'orateur pense ici tout particulièrement à Louis XIV.

2. Le latin en marge : Commi7iuetur sicut conteritur lagenafiguli contritione pervalidaj et non invenietiir de fragmentis ejus testa in qua portetur igniculus de iticendio., aiit haiiriattir •pariim aqiiœ de fovea.

3. Les anciennes éditions, y compris celle de M. Lâchât, ponctuaient ici à faux : <?:... du sacrement de pénitence et de ce fleuve de grâce qui en découle ; il ne lui en demeure pas... »

capables d'embraser les cœurs : elle n'en rapporte pas la moindre étincelle. C'est un vaisseau tout à fait brisé et rompu ; et si elle ne fait un dernier effort pour rappeler l'esprit de la grâce, et pour exciter la foi endormie, elle périra sans ressource.

Ah (') ! mes frères, j'espère de vous de meilleures choses, encore que je parle ainsi. Quoi ! ma parole est-elle inutile ? L'esprit de mon Dieu n'agit-il pas ? ne se remue-t-il pas quelque chose au fond de vos cœurs? Ah! s'il est ainsi (^), vous vivez, et votre santé n'est pas déplorée. Ne perdons pas ce moment de force : donnez des regrets, donnez des soupirs ; ce sont des signes de vie que le céleste médecin vous demande. Après, laissez agir sa main charitable. « Car pourquoi voulez-vous périr ? Je ne veux point la mort de celui qui meurt : convertissez-vous, et vivez, dit le Seigneur toutpuissant: » £^ quare mo7'iemi7ii, domtts Israël? quia nolo mortem morientiSy \dicit Dominus Dezcs,'] revertimini et vivite (^\

Mais je n'ai rien fait, chrétiens, d'avoir peut-être un peu excité votre attention au soin de votre salut, parla parole de Jésus-Christ et de l'Évangile, si je ne vous persuade de vous occuper souvent de cette pensée. Toutefois ce n'est pas l'ouvrage d'un homme mortel de mettre dans l'esprit des autres ces vérités importantes : c'est à Dieu de les y graver. Et comme je n'ai rien fait aujourd'hui que vous réciter ses saintes paroles, je produirai encore en finissant ce qu'il a prononcé de sa propre bouche dans le Deutéronome (^) : « Écoutez, Israël : Le Seigneur votre Dieu est le seul Seigneur. Vous l'aimerez de tout votre cœur, de toute votre âme et de toute votre force. Mettez dans votre cœur mes

a. Ezech.^ xviii, 31, 32. — b. VI, 4. et seq.

1. Ms. Ha! — Les formes ah! eh! ne se rencontrent que dans quelques manuscrits de la première jeunesse de l'auteur. Affaire d'orthographe Cf. t. P"", Introduction, Remarques...^ p. XXXV. — Cette phrase est une réminiscence de VEpître aux Hébreux^ VI, 9.

2. Var. ma parole n'est pas inutile, l'esprit de mon Dieu agit au dedans ; quelque chose se remue dans votre cœur. — Venait à la suite de cette première rédaction effacée : <i Éveillez-vous donc encore une fois; éveillez-vous, chrétien. Il me semble que (ma parole).. .»Tout cela est remplacé par la correction marginale : « Ah ! mes frères j'espère... s'il est ainsi... » — M. Gazier croit devoir le conserver dans le texte, comme <i une répétition voulue. » Nous avouons ne plus comprendre ce que signifie la succession de phrases qu'on prête ainsi à Bossuet.

paroles et les lois que je vous donne aujourd'hui : racontez-les à vos enfants et les méditez en vous-même, soit que vous soyez assis dans votre maison, soit que vous marchiez dans le chemin ('), en vous couchant et en vous levant, qu elles vous soient toujours présentes ; que mes préceptes roulent sans cesse devant vos yeux, en sorte que vous ne les perdiez jamais de vue : » Movebîcntitr inter oculos tuos : non comme un objet mort (^), qui n'émeut pas, mais comme un objet mouvant qui éveille les sens (3). Telle est la loi inviolable des anciens (f). Pesez-en toutes les paroles. Elle leur commande d'avoir Dieu et ses saints commandements dans le cœur ; d'en parler souvent, afin d'en rafraîchir la mémoire; d'y avoir toujours un secret retour; de ne s'en éloigner point parmi les affaires, et néanmoins de prendre un temps pour y penser en repos et dans son cabinet avec une application particulière ; de s'éveiller et de s'endormir dans cette pensée: afin que, notre ennemi étant toujours attentif à nous surprendre, nous soyons toujours en garde contre ses embûches. Ne me dites pas que cette attention n'est d'usage que pour les cloîtres et pour la vie retirée. Ce précepte formel a été écrit pour tout le peuple de Dieu. Les Juifs, tout charnels et grossiers qu'ils sont, reconnaissent encore aujourd'hui que cette obligation indispensable leur est imposée. Si nous prétendons, chrétiens, que ce précepte ait moins de force dans la loi de grâce, et que les chrétiens soient moins obligés à cette attention que les Juifs, nous déshonorons le christianisme, et faisons honte à Jésus-Christ et à l'Évangile. Le faux prophète des Arabes, dont le paradis est tout sensuel, et dont toute la religion n'est que politique (^), n'a

1. Le latin en marge : Sedens i?i domo tua et ambulans in itinere^ dor miens atque consiirge7is. (Deuter., vi, 7.) — La coupe des phrases n'étant pas la môme dans la traduction et dans le texte, il semble que celui-ci ne devait pas être prononcé.

Page 1