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3. Var. ses ennemis déclarés. — Édit. Si ses ennemis déclarés, si ses envieux...
le mal, ils ne seraient pas innocents ; en ne lui rendant pas le bien pour le bien, ils sont injustes et ingrats; mais ils lui rendent le mal pour le bien : tant d'outrages pour tous ses bienfaits ! Ah ! il n'y a plus de parole parmi les hommes qui puisse exprimer leur fureur.
Peut-être que ses amis du moins lui seront fidèles ? Non, mes frères : « Maudit l'homme qui met sa confiance en l'homme ('') ! » Aimez vos amis dans l'ordre de la charité, mais n'y établissez pas votre confiance. Tous ses amis l'abandonnent. Celui qui mangeait le pain avec lui, à qui il avait commis la conduite de sa famille, c'est celui-là qui le trahit, qui le vend, qui le livre à ses ennemis. Celui qu'il a choisi pour être le fondement de son Église le suit quelque temps, et puis après le renie ; ce commencement de fidélité, cette première chaleur de son zèle ne servant qu'à lui renouveler dans la suite la douleur d'un abandon si universel et si lâche. Ne mettez donc pas votre appui sur vos amis. Jésus a perdu les siens : que reste-t-il au Sauveur ? Rien que Dieu et son innocence ; et encore son innocence lui reste, non pour le mettre à couvert des insultes et des injustices ('). Dieu lui demeure, non pour le protéger sur la terre ; car au contraire c'est lui qui le livre, c'est lui qui le délaisse et l'abandonne. Il s'en plaindra bientôt par ces paroles : Deus \j'neus\ Deus meus.., ut quid dereliquisti me (^') ? « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? » Il ne retrouvera ce Dieu, qui l'a délaissé, que quand il rendra le dernier soupir : alors : In manies tuas (') ; afin que nous entendions que la sainteté, l'innocence. Dieu même, et tous les biens véritables qu'il donne à ses serviteurs ne leur sont pas donnés pour la vie présente, mais qu'ils ne regardent que la vie future.
N'aimez donc pas le monde, ni ce qui est dans le monde(^^); n'aimez pas même la vertu parce que le monde l'estime et la considère. Le chrétien est un homme transporté de la terre au ciel : tout ce qui plaît au monde, en tant qu'il plaît au monde,est condamné à la croix : NuJtcjudùium est mundi.
a. Jerem.^ xvii, 5. — b. Matth., xxvii, 46. — c. Luc, xxiii, 46. — d. \ Joan.,
I. Note marginale : « Peut-être ce qui est dit de rinnocence ex Platane serait
mieux ici. » — Ci-dessus, p. 647.
CONTRE LE MONDE. 6 m
Le jugement est donné ; reste que VOUS veniez à l'exécution sur vous-même, pour vous-même, contre vous-même (').
TROISIÈME POINT
Vous vous êtes engagés à cette exécution par le saint baptême : In morte ipsius baptizati siamts ('') : « en sa mort, » en sa croix, en ses douleurs, en ses infamies et en ses opprobres. Il a répandu pour nous sur le monde toute l'horreur de son supplice,toute l'ignominie de sa croix, tous ses travaux, toutes les pointes de ses épines, toute l'amertume de son fiel: Mihi 7niindns criicifixîis est^ et ego nrundo ( ') (voy. Vêture : Venerunt nuptiœ A gui (^), en abrégé). Il faut donc exécuter le monde en nous-mêmes, et le crucifier pour l'amour de Jésus. Jésus a déshonoré le monde ; il l'a crucifié.
Mais nous aimons mieux crucifier Jésus-Christ lui-même, et participer au crime des Juifs contre lui, que de suivre l'exemple du Fils de Dieu. Pourquoi l'ont-ils crucifié, sinon parce qu'il se disait le Fils de Dieu, sans contenter leur ambition, sans les faire dominer sur toute la terre, comme ils se le promettaient de leur Messie '^ N'est-ce pas un tel Sauveur que nous désirons : qui nous sauve delà pauvreté, de la sujétion et de la douleur, etc. ? Et parce qu'il ne le fait pas, et qu'il ose avec cela se dire notre Sauveur, nous nous révoltons contre lui.
D'où est née cette troupe de libertins que nous voyons s'élever si hautement au milieu du christianisme contre les vérités du christianisme ^. Ce n'est pas qu'ils soient irrités de ce qu'on leur propose à croire des mystères incroyables : ils
a. Rom.^ VI, 3. — b. Galat.^ VI, 14.
1. Note interlinéaire : O medicinayn omnibus considetitem^ etc. (De Agon. Christ.) — Deforis utilise ceci un peu plus haut, en traduisant d'abord, puis en citant le latin : il est vrai que le développement ne pouvait se placer après la transition au 3^ point ; mais l'intention de l'orateur n'était nullement, est-il besoin de le dire ? de se borner à traduire et à citer une tirade latine. Voici du moins le passage dont il voulait s'inspirer : O inedidfiaî}i omnibus consulentem^ omnia tume?itia cotnprimeniem^ omnia tabescentia rejicientem^ omnia superfiua resecciîiteni^ omnia necessaria cusfodientem, omnia perdita reparantem^ omnia depravata corrige nie m. Quis beatam vitam esse arbitrctur in iis quœ contemnenda esse docuit Filius Deif (De Agon. Christ., cap. xi, n. 12.)