Celle du 14 septembre 1660, t. III, p. 521 f/ suiv
n'ont jamais pris la peine de les examiner sérieusement. Que Dieu engendre dans l'éternité, que le Fils soit égal au Père, que les profondeurs du Verbe fait chair soient telles que vous voudrez : ce n'est pas ce qui les tourmente ; ils sont prêts à croire ce qu'il vous plaira, pourvu qu'on ne les presse pas sur ce qui leur plaît. A la bonne heure, que les secrets de la prédestination soient impénétrables ; que Dieu en un mot soit et fasse tout ce qu'il lui plaira dans le ciel, pourvu qu'il les laisse sur la terre contenter leurs passions à leur aise. Mais Jésus-Christ est venu pour leur faire haïr le monde, etc. ; c'est ce qui leur est insupportable, c'est ce qui fait la révolte, c'est ce qui fait qu'ils le crucifient. Prenez donc parti, chrétiens: ou condamnez Jésus-Christ,ou condamnez aujourd'hui le monde : Sï Baal est Deus, \sequimini ilht7n\ (^\
Mais, ô Dieu, nous n'osons plus parler de la sorte ! On parlait en ces termes, quand la révérence de la religion était encore assez gravée dans les cœurs pour n'oser prendre parti contre Dieu, quand on sera en nécessité de se déclarer. Mais maintenant, mes frères, si nous pressons la plupart de nos auditeurs de se déclarer entre Jésus-Christ et le monde, Jésus perdra sa cause, le monde sera hautement suivi, tant le christianisme est aboli, tant le baptême est oublié. Je ne vous laisse donc point d'option : non, non, la cause est jugée ; il n'y a rien à délibérer : Niinc judiciwn est mundi : il faut condamner le monde. Voici les jours salutaires où vous approcherez de la sainte table ; c'est là qu'il faut condamner le monde, « de peur, comme dit l'Apôtre, que vous ne soyez damnés avec le monde : » Ut non cum hoc mu7zdo daninemu7'(^). Mais ne le condamnez pas à demi, comme vous avez fait jusqu'à présent. Vous ne voulez pas aimer, vous voulez plaire ; vous ne voulez pas être asservie ('), vous voulez asservir les autres, et faire perdre à ceux que Jésus a affranchis par son sang, une liberté qui a coûté un si grand prix : Lacerata est lex ; et non pervenit itsque ad
a, III Reg.^ xviii, 21. — b. I Cor.^ XI, 32. — Ms. Ne cum hoc niimdo... I. £■<///. asservis. -- Ce pluriel, surtout ce masculin, fausse complètement le sens.
finem jtidicmni (''). (Voy. sermon \W de la Madeleine ('), sur la fin.)
Non, non, le monde doit perdre sa cause en tout et partout : car jamais il n'en fut de plus déplorée. Ne me demandez donc pas jusqu'où vous devez éloigner de vous les vaines superfluités : quand vous demandez ces bornes, ce n'est pas que vous vouliez aller jusqu'où il le faut nécessairement ; mais c'est que vous craignez d'en faire trop. Craignezvous d'en faire trop quand vous aimez ? trop pour vos parents ? trop pour le prince ? trop pour la patrie ? Parce qu'il y a quelque image de Dieu (^), point de bornes ; à plus forte raison pour Dieu même. Ceux qui veulent vous donner des bornes, on vous trompe, on vous abuse. Vie chrétienne, continuelle circoncision : Nos enim vera circumcisio. Ne me demandez pas ce qu'il faut faire ; commencez à retrancher quelque vanité, et le premier retranchement vous éclairera pour les autres, etc. Aimez, voilà votre règle; ayez la croix de Jésus dans votre cœur, elle fera une perpétuelle circoncision ; tant qu'enfin vous soyez réduits à la pure simplicité du christianisme. O que le monde, direz-vous, serait hideux! etc. C'est ce qu'objectaient les païens : Si esset securitas inagna nugarum, \felicia essent temp07^a, ef\ 7nagnam felicitatem rébus hu7nanis Christiis adtulisset {^').
Condamnez donc le monde sans réserve. Ainsi puissiezvous éternellement être en Jésus-Christ : ainsi puissiezvous célébrer avec lui une Pâque sainte. Pâque, c'est-à-dire, passage : puissiez-vous donc passer, non avec le monde, mais passer avec Jésus-Christ, pour aller du monde à Dieu, jouir des consolations éternelles, que je vous souhaite, avec la bénédiction de Monseigneur {^) ! A?nen.
a. Habac.^ I, 4. — Ms. 7iec perve?iit... — b. S. Aug., in Ps. cxxxvi, n. 9. — Ms. migariwi^ plurimiim Christus proftiisset rébus humanis. (Analyse.)