DUCHESSE D'ORLEANS
prononcée à Saint-Denis, le 21 août 1670.
Henriette-Anne d'Angleterre, dont nous avons déjà parlé à propos de l'oraison funèbre de Henriette de France, était née à Exeter, le i6 juin 1644, au moment même où sa mère fuyait devant la poursuite acharnée des ennemis de sa maison. A deux ans, elle fut amenée en France {^), et rendue à sa mère exilée. M"^^ de la Fayette, qui a écrit son histoire avec l'élégance qu'on admire justement chez elle, remarque l'utilité qu'elle tira pour son éducation des disgrâces mêmes de sa famille : « L'état des affaires de la reine la faisant plutôt vivre en personne privée qu'en souveraine, la jeune princesse prit toutes les lumières, toute la civilité et toute l'humanité des conditions ordinaires, et conserva dans son cœur et dans sa personne toutes les grandeurs de la naissance royale, » Six mois après le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse, Henriette épousa Monsieur (c'est ainsi qu'on désignait toujours le frère du roi), prince d'un esprit médiocre, assez brave, mais incapable de nobles et solides affections. Charles II venait d'être rétabli sur le trône d'Angleterre (1660). Henriette se trouva bientôt désignée pour faciliter, entre les deux royaumes voisins et toujours rivaux, un rapprochement, dont Louis XIV entendait bien profiter. Des correspondances en ce sens furent échangées entre le frère et la sœur, notamment en 1662 et en 1666. Mais ce fut surtout en 1670 que son rôle politique devint prépondérant. Le roi de France lui confia alors une mission secrète auprès de Charles II ; et de Douvres, oij elle s'était rendue comme pour une simple visite de famille, elle rapporta un traité d'alliance conclu dans les formes.
Ce célèbre voyage fut pour elle un triomphe. Il fut aussi l'origine de ses peines les plus amères, et une des causes principales de sa fin prématurée. Le caractère soupçonneux de son mari s'aigrissait en proportion des hommages qu'elle recevait ; les secrets d'État, qu'elle avait su garder, comme c'était son devoir, étaient un nouveau prétexte pour les injustes récriminations de ce prince, gouverné par d'indignes confidents. La santé de Madame^ depuis longtemps fra-