Voy. ci-dessus, p
ORAISON FUNÈBRE DE HENRIETTE d'aNGLETERRE. 655
orile, subit une nouvelle atteinte et des douleurs morales et du surcroît de fatigues. Elle-même se donna involontairement le coup de grâce par ses imprudences réitérées. Elle se baignait dans la rivière, à Saint-Cloud, pendant les fortes chaleurs, lorsqu'elle souffrait déjà d'un violent ma! de côté. Un verre d'eau de chicorée glacée détermina la catastrophe. En neuf heures, Madame fut emportée par un mal impitoyable.-que les médecins modernes ont qualifié « d'ulcère rond de l'estomac. » L'attaque fut si soudaine que la malade se crut d'abord empoisonnée. Les mauvaises langues propagèrent aussi l'hypothèse du poison; et Saint-Simon, qui n'est jamais de reste en pareille matière, va jusqu'à nommer l'empoisonneur. L'autopsie, et l'étude souvent reprise de ce problème historique, n'ont rien laissé subsister de ces accusations.
L'emploi si religieux que fit Madame de ces quelques heures de maladie doit nous intéresser davantage, parce qu'il tient une grande place dans l'oraison funèbre. Le docteur Feuillet, chanoine de Saint-Cloud, a fait imprimer une relation (') des derniers moments de la duchesse d'Orléans, et du ministère que. conjointement avec Bossuet et avec d'autres prêtres, il remplit auprès d'elle. Il croyait sans doute avoir fait merveille avec ses duretés jansénistes, qui excitent chez Deforis une admiration sans réserve. « Vous voyez, monsieur Feuillet, lui avait-elle dit, en quel état je suis réduite. — En un très bon état. Madame, lui répondit-il : vous confesserez à présent qu'il y a un Dieu, que vous avez très peu connu. » Le reste est de ce ton. Il ne manqua pas de lui persuader que toutes ses confessions avaient été mauvaises, y compris celle qu'elle venait de faire, de son lit de mort, au curé de la paroisse. Elle fit alors, avec beaucoup de ferveur, une confession générale. Tandis qu'on était allé prier le curé de lui apporter le saint Viatique, le rigide « réformateur de l'univers (^) » donna de nouveau carrière à son éloquence : « Humiliez-vous, Madame ; voilà toute cette trompeuse grandeur anéantie sous la pesante main de Dieu. Vous n'êtes qu'une misérable pécheresse, » etc. Bossuet, qu'on était allé chercher à Paris, et qui ne fut rencontré que par le troisième courrier, arriva pendant qu'on lui donnait l'Extrême-Onction. Elle avait demandé à la recevoir pendant que sa présence d'esprit lui restait encore tout entière. Feuillet la rudoyait toujours, et trouvait des tirades de
1. En tête d'une oraison funèbre qu'il prononça à Saint-Cloud, au service qui se fit pour la princesse. (Paris, 1686, chez Aubouin, etc.) — Cette relation se voit en manuscrit à la Bibliothèque nationale, jointe à la seconde édition (1671) de l'oraison funèbre de Bossuet. {Afss., 12827.)