‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 58 sur 573 · Var. mais encore · texte numérisé non relu

Var. mais encore

3. Édit. Voilà donc. — Le second mot est supprimé. Il appartenait à une première rédaction : « Voici donc. »

4. Var. charitable. ~ Première rédaction : en JÉSUS le présent, en Marie l'acceptation.

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Mercredi de la 3^ semaine, 31 mars 1666,

La rédaction de ce discours est une des plus travaillées et des plus tourmentées qui se rencontrent dans les manuscrits. Son importance l'explique. Louis XIV, jusqu'à la mort de sa mère, avait gardé quelque réserve apparente dans les désordres de sa vie privée. Il prétendait désormais s'affranchir de toute contrainte. Pendant que les courtisans applaudissaient de si nobles résolutions, le ministre de la parole sainte préparait un nouvel effort pour ramener les coupables à Dieu et à la vertu. Il méditait de se servir de la touchante parabole de l'Enfant prodigue pour prêcher la pénitence. Il destinait ce sermon au troisième dimanche (2) ; mais l'occasion lui échappa. Il le reporta donc au mercredi suivant, ne voulant à aucun prix renoncer à un tel sujet. Il eût cru, nous apprend-il lui-même, « manquer tout à fait au saint ministère » dont il était chargé, s'il avait négligé de proposer « les instructions que JéSUS-Christ a renfermées dans cet évangile. »

Il ne faut pas s'étonner, en face des difficultés que présente l'interprétation de ce manuscrit, si les anciens éditeurs y ont fait des fautes, avec leur m.éthode défectueuse. La plupart ont été corrigées par M. Gazier dans son édition critique de vingt-trois sermons choisis. Nous en rectifierons encore quelques-unes, qui avaient échappé à sa sagacité.

L'erreur de chronologie où sont tombés l'abbé Vaillant, M. Lâchât et autres, par rapport à ce sermon, qu'ils placent en 1662, est un exemple de l'importance d'un bon choix entre les rédactions successives de tel passage d'un discours. On donnait pour conclusion au sermon de la Purification, comme nous l'avons vu, une péroraison à laquelle Bossuet en avait substitué une autre pour déplorer la mort d'Anne d'Autriche: de là on concluait que le sermon sur T Amour des plaisirs (sur V Enfant prodigue) ne pouvait faire partie du même Carême : on rencontrait en effet dans l'un et l'autre la même description de la mort du juste, déjà vue dans les panégyriques de saint François de Paule, et dans Y oraison funèbre du P. Bourgoing.

1. Ms., 12822, f. 212-230. In-4°, avec marge. — Édit. (sauf M. Gazier) : SUR l'amour des plaisirs. Notre titre est celui de Bossuet.

2. L'enveloppe l'atteste : L'Efifani prodigue, je dim\aiiche\ ainsi que la variante de la première phrase du discours.

L'objection ne reposait sur rien de réel, puisque le passage reproduit avait été supprimé la première fois. Une confusion semblable avait fait retarder jusqu'en 1666 le sermon de 1662 sur P Ambition, sous prétexte qu'une péroraison (celle qui n'avait pas été prononcée) contenait des idées qui se retrouvaient dans le sermon sur les Devoirs des rois.

Homo quidam habuii duos filios ; et dixit adolescejitîor ex iltis patri ; Pater ^ du 7nihi portionem sîibstantiœ qucB me contingit.

Un homme avait deux fils, et le plus jeune des deux dit à son père:

Mon père,donnez-moi mon partage du bien qui me touche (').

{Luc, XV, II.)

IL n'y a que peu de jours (^) que la parabole de l'Enfant prodigue fut lue par la sainte Eglise dans la célébration des mystères, et je me sens invité à ramener aujourd'hui un si beau et si utile spectacle. Et certainement, chrétiens, toute l'histoire de ce Prodigue, sa malheureuse sortie de la maison de son père, ses voyages ou plutôt ses égarements dans un pays éloigné, son avidité pour avoir son bien, et sa prodigieuse facilité à le dissiper, ses libertés et sa servitude, ses douleurs après ses plaisirs (^), enfin la variété infinie et le mélange de ses aventures, sont un tableau si naturel de la vie humaine , et son retour à son père, où (^) il retrouve avec abondance tous les biens qu'il avait perdus, une image si accomplie des grâces de la pénitence, que je croirais manquer tout à fait au saint ministère dont je suis chargé, si je négligeais les instructions que Jésus-Christ a renfermées dans cet évangile. Ainsi mon esprit ne travaille plus qu'à trouver à quoi se réduire dans une matière si vaste. Tout me paraît

1. Var. qui me regarde, — qui m'appartient. — L'auteur a cherché ici encore la traduction la plus littérale.

2. Var. La parabole de l'Enfant prodigue nous fut hier proposée par la sainte Eglise dans la célébration des mystères, et je pense que vous voudrez bien que je ramène,..

3. Edit. (sauf redit. Gazier) et la misère extrême où il est réduit pour avoir tout {var. trop) donné à son plaisir. — Effacé au manuscrit.

4.. M. Gazier explique où par chez lequel. Il est plus simple d'entendre : retour dans lequel.

important et je ne puis tout traiter sans entreprendre aujourd'hui un discours immense. Grand Dieu, arrêtez mon choix sur ce qui sera le plus profitable à cet illustre auditoire, et donnez-moi les lumières de votre Espril-Saint, par les pieuses intercessions de la bienheureuse Vierge, que je salue avec l'Ange, en disant : Ave.

Depuis notre ancienne désobéissance, il semble que Dieu ait voulu retirer du monde tout ce qu'il y avait répandu de joie véritable pendant (') l'innocence des commencements ; si bien que ce qui flatte maintenant nos sens n'est plus qu'un amusement dangereux et une illusion de peu de durée. Le Sage l'a bien compris, lorsqu'il a dit ces paroles : Risus dolore miscebitur, et extrenia gaudii hic tus occupât (f). « Le ris sera mêlé de douleur,et les joies se termineront(^) en regrets.» C'est connaître le monde que de parler ainsi de ses plaisirs ; et ce grand homme a bien remarqué dans les paroles que j'ai rapportées, premièrement qu'ils ne sont pas purs, puisqu'ils sont mêlés de douleurs, et secondement qu'ils passent bien vite (/), puisque la tristesse les suit de si près. En effet, il est véritable que nous ne goûtons point ici de joie sans mélange. La félicité des hommes du monde est com.posée de tant de pièces, qu'il y en a toujours quelqu'une qui manque; et la douleur a trop d'empire dans la vie humaine, pour nous laisser jouir longtemps de quelque repos. C'est ce que nous pouvons entendre par la parabole de l'Enfant prodigue. Pour donner un cours plus libre à ses passions, il renonce aux commodités et à la douceur de sa maison paternelle, et il achète à ce prix cette liberté malheureuse. Le plaisir de jouir de ses biens est suivi de leur entière dissipation. Ses excès, ses profusions, cette vie voluptueuse qu'il a embrassée, le réduisent à la servitude, à la faim et au désespoir. Ainsi vous voyez, messieurs, que ses joies se tournent bientôt en amertume {f) : Extrema gaudii lucttis occupât. Mais voici un

a. Prov.^ XIV, 13.

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