‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 70 sur 573 · Var. pleurs · texte numérisé non relu

Var. pleurs

quels malheurs et dans quelle servitude vous vivez contents! O qu'il vous serait peut-être utile que Dieu vous éveillât d'un coup de sa main, et vous instruisît par quelque affliction! Mais, mes frères, je ne veux point faire de pareils souhaits, et je vous conjure au contraire de n'obliger pas le Tout- Puissant à vous faire ouvrir les yeux (') par quelque revers : prévenez de -vous-mêmes sa juste fureur ; craignez le retour du siècle à venir, et le funeste changement dont J ésus-Christ vous menace ; et, de peur que votre joie ne se change en pleurs, cherchez dans la pénitence, avec le Prodigue, une tristesse qui se change en joie : c'est par où je m'en vais conclure.

SECOND POINT

Nous lisons dans l'Histoire sainte, c'est au premier livre d'Esdras, que, lorsque ce grand prophète eut rebâti le temple de Jérusalem, que l'armée assyrienne avait détruit, le peuple mêlant ensemble le triste ressouvenir de sa ruine et la joie d'un si heureux (^) rétablissement, poussait (^) en l'air des accents lugubres, faisait retentir jusqu'au ciel des chants de réjouissance ; en telle sorte, dit l'auteur sacré, « qu'on ne pouvait distinguer les gémissements d'avec les cris d'allégresse: » Nec poterat quisquain ag7iosce7'e vocem clamoris lœtantùun , et vocevi fletus populi (f). Ce mélange mystérieux de douleur et de joie est une image assez naturelle de ce qui s'accomplit dans la pénitence. L'âme déchue de la grâce voit le temple de Dieu renversé en elle. Ce ne sont point les Assyriens qui ont fait cet effroyable ravage ; c'est elle-même qui a détruit et honteusement profané ce temple sacré de son cœur,pour en faire un temple d'idoles. Elle pleure, elle gémit, elle ne veut point recevoir de consolation ; mais au milieu de ses douleurs

a. I Esdr., m, 13.

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