‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 88 sur 573 · l^ar. pour nous considérer d'une pleine vue · texte numérisé non relu

l^ar. pour nous considérer d'une pleine vue

3. Var. Faible, r— Violent est en surcharge, et la place qu'il occupe pouvait tenter les éditeurs de le considérer comme une addition. Ils lisent donc, mais peu heureusement :« violent, imbécile et faible. »

mystères secrets de la politique, dans quelle obscurité de la nature n'entreprenons-nous pas de pénétrer ? Malgré cet espace immense qui nous sépare d'avec le soleil, nous avons su découvrir ses taches, c'est-à-dire, remarquer des ombres dans le sein même de la lumière. Cependant nos propres taches nous sont inconnues ; nous seuls voulons être sans ombre, et nos défauts, qui sont la fable du peuple, nous sont cachés à nous-mêmes : Delicta quis intelligit ?

Pour acquérir, chrétiens, une science si nécessaire, il ne faut point d'autre docteur qu'un ami fidèle. Venez donc, ami véritable, s'il y en a quelqu'un sur la terre, venez me montrer mes défauts, que je ne vois pas. Montrez-moi les défauts de mes mœurs, ne me cachez pas même ceux de mon esprit ('). Ceux que je pourrai réformer, je les corrigerai par votre assistance ; et s'il y en a qui soient sans remède, ils serviront à confondre ma présomption. Venez donc, encore une fois, ô ami fidèle, ne me laissez pas manquer en ce que je puis, ni entreprendre plus que je ne puis ; afin qu'en toutes rencontres je mesure ma vie à la raison, et mes entreprises (^) à mes forces.

Cette obligation, chrétiens, entre les personnes amies, est de droit étroit et indispensable (^). Car le précepte de la correction étant donné pour (f) toute l'Eglise dans l'évangile que nous traitons, il serait sans doute à désirer que nous fussions tous si bien disposés que nous pussions profiter des avis de tous nos frères. Mais comme l'expérience nous fait voir que cela ne réussit pas, et qu'il importe que nous regardions à qui nos conseils peuvent être utiles, ce précepte de nous avertir mutuellement se réduit pour l'ordinaire envers ceux dont nous professons d'être amis.

Je suis bien aise, messieurs, de vous dire aujourd'hui ces choses, parce que nous tombons souvent dans de grands péchés pour ne pas assez connaître les sacrés devoirs de

1. Première rédaction (effacée) : Montrez-moi les défauts de mon esprit ; montrez-moi principalement ceux de mes mœurs.

Page 1