‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 5)Chapitre 90 sur 573 · Var. mettre devant leurs yeux · texte numérisé non relu

Var. mettre devant leurs yeux

96 CARKME DE SATNT-GERMAIN.

honneur plutôt que d'en tirer de l'utilité, et triompher de leur ami plutôt que de le servir. Pourquoi le reprenez-vous ou pourquoi vous en vantez-vous devant tout le monde ? C'était une charitable correction, et non une insulte outrageuse (') que vous av[i]ez à lui faire. Le Maître avait commandé (^) : « Reprenez-le, dit-il ('*), entre vous et lui ; » parlez en secret, parlez à l'oreille. N'épargnez pas le vice, mais épargnez la pudeur; et que votre discrétion fasse sentir au coupable que c'est un ami qui parle.

Mais surtout venez animé d'une charité véritable : pesez cette parole du Sauveur des âmes : « S'il vous écoute, ditil (''), vous aurez gagné votre frère. » Quoiqu'il se fâche, quoiqu'il s'irrite, ne vous emportez jamais. Faites comme les médecins : pendant qu'un malade troublé leur dit des injures, ils lui appliquent des remèdes : Audiunt convitium, prœbent mcdicamentuni, dit saint Augustin (^). Suivez l'exemple de saint Cyprien, dont le même saint Augustin a dit ce beau mot, « qu'il reprenait les pécheurs avec une force invincible, et aussi qu'il les supportait avec une patience infatigable : » Et veritatis libertate redargiiit, et charitatis virtute sustinuit {^\

Mais pendant que le Fils de Dieu nous prépare avec tant de soin des avertissements autant charitables que fermes et vigoureux, songeons à les bien recevoir. Apprenons de lui à connaître nos véritables amis, et à les distinguer d'avec les flatteurs. Que dirai-je ici, chrétiens, et quel remède pourrai-je trouver contre un poison si subtil 1 II ne suffit pas d'avertir les hommes de se tenir sur leurs gardes : car qui ne se tient pas pour tout averti ? Où sont ceux qui ne craignent pas les embûches de la flatterie ? Mais en les craignant on y tombe; et le flatteur nous tourne en tant de façons qu'il est malaisé de lui échapper. De dire, avec cet ancien (''), qu'on le con-

a. Matth.^ XVIII, 15. — b. Ibid. — c. Serin. CCCLVii, n. 4. — d. De Bapt.contr. Donaf.^Wh. V, cap. xvil. — Ms. Et libertaiis vigore... — e. Cicer. de Amicit.^

1. Var. injurieuse. — Les deux adjectifs sont en surcharge, et au masculin ;

mais le texte primitif, conservé, porte : < ime insulte. » — Première rédaction : « C'est une correction, et non une insulte que vous avez à lui faire. »

2. Var. Écoutez le Sauveur des âmes. — Les deux dans le texte des éditeurs.

naîtra par une certaine affectation de plaire en toutes rencontres, ce n'est pas aller à la source ; c'est parler de l'artifice le plus vulgaire et du fard le plus grossier de la flatterie. Celle de la cour est bien plus subtile : elle sait non seulement avoir de la complaisance, mais encore résister et contredire, pour céder plus agréablement en d'autres rencontres. Elle imite non seulement (') la douceur de l'ami, [mais encore] sa franchise et sa liberté ; et nous voyons tous les jours que pendant que nous triomphons d'être sortis des mains d'un flatteur, un autre nous engage insensiblement, que nous ne croyons plus flatteur,parce qu'il flatte d'une autre manière: tant l'appât est délicat et imperceptible, tant la séduction est puissante !

Donc, pour arracher la racine, cessons de nous prendre aux autres d'un mal qui vient de nous-mêmes. Ne parlons plus des flatteurs qui nous environnent par le dehors ; parlons d'un flatteur qui est au dedans (^), par lequel tous les autres sont autorisés. Toutes nos passions sont des flatteuses, nos plaisirs sont des flatteurs : surtout notre amour-propre est un grand flatteur qui ne cesse de nous applaudir au dedans, et (^) tant que nous écouterons ce flatteur, jamais nous ne manquerons d'écouter les autres. Car les flatteurs du dehors, âmes vénales et prostituées, savent bien connaître la force de cette flatterie intérieure. C'est pourquoi ils s'accordent avec elle, ils agissent de concert et d'intelligence. Ils s'insinuent si adroitement dans ce commerce de nos passions, dans cette secrète intrigue de notre cœur, dans cette complaisance de notre amour-propre, qu'ils nous font demeurer d'accord de tout ce qu'ils disent. Ils rassurent dans ses propres vices notre conscience tremblante ; et mettent (^) le comble à nos péchés par le poids d'une louange injuste^ et artificieuse (-'). Que si nous voulons les déconcerter, et rompre cette intelli-

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