Var. à la face
2. Edit. si inexorables et si rigoureux à nos frères. — Bossuet abrège, dans une correction.
lOO CARÊME DE SAINT-GERMAIN.
dit saint Augustin ('), se perce le cœur pour nous effleurer la peau ; et qu'enfin nos ennemis sont des furieux qui voulant nous faire boire, pour ainsi dire, tout le venin de leur haine, en font eux-mêmes un essai funeste, et avalent les premiers le poison qu'ils nous préparent ? Que si ceux qui nous font du mal sont des malades emportés, pourquoi les aigrissonsnous par nos vengeances cruelles, et que ne tâchons-nous plutôt de les ramener à leur bon sens par la patience (') et par la douceur ?
Mais nous sommes bien éloignés de ces charitables dispositions. Bien loin de faire effort sur nous-mêmes pour endurer une injure, nous croirions nous dégrader et penser trop bassement de nous-mêmes, si nous ne nous piquions d'être délicats dans les choses qui nous touchent, et nous pensons nous faire grands par cette extrême sensibilité. Aussi poussons-nous sans bornes nos ressentiments : nous exerçons sur ceux qui nous fâchent des vengeances impitoyables; ou bien nous nous plaisons de les accabler par une vaine ostentation d'unepatience et d'une pitié outrageuse (^) qui ne se remue pas par dédain, et qui feint d'être tranquille pour insulter davantage : tant nous sommes cruels ennemis et implacables vengeurs, qui faisons des armes offensives, et des instruments de colère (^), de la patience même et de la pitié ! Mais encore ne sont-ce pas là nos plus grands excès : nous n'attendons pas toujours, pour nous irriter, des injures effectives; nos ombrages, nos jalousies, nos défiances secrètes suffisent pour nous armer l'un contre l'autre ; souvent (^) nous nous haïssons seulement parce que nous croyons nous haïr. L'inquiétude nous prend, nous frappons de peur d'être prévenus ; et trompés par nos soupçons, nous vengeons une injure qui n'est pas encore.
Jalousies, soupçons, défiances, cruels bourreaux des hommes du monde, et source de mille injustices, à quels excès
<2, Serfn. LXXXII, n. 3.