Joan., Xiv
non point mes pensées, mais trois admirables raisonnements du grand apôtre saint Paul, dont il pose les principes dans le texte que j'ai allégué, et en tire les conséquences dans les paroles suivantes : « Jésus est mort, dit-il, et c'est au péché qu'il est mort, mortuus est peccato1. » Si donc nous voulons participer à sa mort, il faut que nous mourions au péché : c'est notre première partie. Jésus étant mort a repris une nouvelle vie, et cette vie n'est plus selon la chair, mais entièrement selon Dieu, « parce qu'il ne vit que pour Dieu : quod autem vivit, vivit Deo2 », il faut donc que nous passions à une nouvelle vie, qui doit être toute céleste : voilà la deuxième. Jésus étant une fois ressuscité, « ne meurt plus, la mort ne lui domine plus, jam Jion moritur, mors ïïli ultra non dominabitur3 » : si donc nous voulons ressusciter avec lui, il faut que nous vivions éternellement à la grâce, et que la mort du péché ne domine plus en nos âmes : c'est par où finira ce discours. Le Sauveur est mort, mourons avec lui ; il est ressuscité, ressuscitons avec lui ; il est immortel, soyons immortels avec lui. Tâchons de rendre ces vérités sensibles par une simple et naïve exposition de quelques maximes de l'Évangile ; et faisons voir en peu de mots, avant toutes choses, quelle nécessité il y a de mourir avec le Sauveur.
[Premier Point.]
D'où vient que l'apôtre saint Paul ne parle que de mort et de sépulture, quand il veut dépeindre la conversion du pécheur, et pourquoi a-il toujours à la bouche qu'il faut mourir au péché avec Jésus-Christ et crucifier le vieil homme, et tant d'autres semblables discours qui d'abord [p. 6] paraissent étranges? Car s'il ne veut dire autre chose sinon que nous devons4 changer nos méchantes inclinations, pour quelle raison se sert-il si souvent d'une façon de parler qui semble si fort éloignée? et ce changement d'affections étant si commun dans la vie humaine, comment ne l'exprime-il