Ibid. de changer
pas en termes plus familiers? C'est ce qui me fait croire que ces sortes d'expressions ont quelque sens plus caché ; et sans doute il ne les a pour ainsi dire affectées qu'afin de nous inviter à en pénétrer le secret. Or 1 pour avoir une pleine intelligence de l'intention de l'Apôtre, je me sens obligé à vous représenter deux considérations importantes : par la première, je vous ferai voir, avec l'assistance divine, pour quelle raison la conversion du pécheur s'appelle une mort, et elle sera tirée d'une propriété du péché ; par la seconde, je tâcherai de montrer que nous sommes obligés de mourir au péché avec le Sauveur, et celle-ci sera prise de la qualité du remède ; de ces deux considérations, il en naîtra une troisième pour l'instruction des pécheurs.
Tout péché doit avoir son principe dans la volonté ; mais dans l'homme il a une propriété bien étrange, c'est qu'il est tout ensemble volontaire et naturel. Les pélagiens, ne comprenant point cette vérité, ne pouvaient souffrir que l'on leur parlât de ce péché d'origine avec lequel nous naissons, et disaient que [p. 7] cela allait à l 'outrage de la nature, qui est l'œuvre des mains de Dieu. Ils n'entendaient pas que la source du genre humain étant corrompue, ce qui avait été volontaire seulement dans le premier père avait passé en nature à tous ses enfants. Qu'est-il nécessaire de vous raconter plus au long l'histoire de nos malheurs? Vous savez assez que le premier homme, séduit par les infidèles conseils de ce serpent frauduleux, voulut faire une funeste épreuve de sa liberté ; et qu'usant inconsidérément de ses biens, ce sont les propres mots du saint pontife Innocent2, il ne sut pas reconnaître la main qui les lui donnait ; de sorte que son esprit s'étant élevé contre
1. Var. : J'en trouve trois raisons du Fils de Dieu nous oblige de mouprincipales. Je tire la première d'une rir au péché, et à quelle sainteté propriété que le péché a dans tous cette obligation nous engage. Je les les hommes ; la seconde, de la qua- ti —rai des vérités les plus communes lité du remède par lequel nous en et les plus connues du christianisme t sommes guéris ; la troisième regarde je vous prie de vous y rendre attenune instruction du pécheur qui doit tifs. — Sans effacer cette première être changé. Par ces trois raisons, je rédaction, le jeune orateur y a subprétends vous faire voir, avec l'as- stitué celle que nous donnons dans sistanee divine, et que c'est à bon le texte.
droit que la conversion des pécheurs 2. Eplst. XXIX ad Concil. Car
s'appelle une mort, et que la mort ihag., n. 6.
Dieu, il perdit l'empire naturel qu'il avait sur ses appétits ; la honte l, qui jusques à ce temps-là lui avait •été inconnue, fut la première de ses passions qui lui décela la conspiration de toutes les autres. Il s'était enflé d'une vaine espérance de savoir le bien et le mal, et il arriva, par un juste jugement de Dieu, que « la première chose dont il s'aperçut, c'est qu'il fallait rougir : Nihil primnm senserunt quam crubescendum2, » dit Tertullian. Cela est bien étrange. Il remarqua incontinent sa nudité, ainsi que nous apprend l'Écriture 3 : c'est qu'il commença à sentir une révolte à laquelle il ne s'attendait pas ; et la chair s'étant soulevée inopinément contre la raison, il était tout confus de ce qu'il ne [p. 8] pouvait la réduire.
Mais je ne m'aperçois pas que je m'arrête peut-être trop à des choses très connues ; il suffit présentement que vous remarquiez que nous naissons tous, pour notre malheur, de ces passions honteuses qui, étant suscitées par le péché, s'élèvent dans la chair, à la confusion de l'esprit. Cela n'est que trop véritable; et voici le raisonnement que saint Augustin en tire après le Sauveur. Qui naît de la chair est chair, dit Xotre-Seigneur en saint Jean4, Quod )>atum est ex came, caro est. Que veut dire cela? La chair, en cet endroit, selon la phrase de l'Écriture, signifie ces inclinations corrompues qui s'opposent à la loi de Dieu; c'est donc comme si notre Maître avait dit plus expressément : O vous, hommes misérables, qui naissez de cette révolte, vous naissez par conséquent rebelles contre Dieu, et ses ennemis, Quod natum est ex carne, caro est; vous recevez en même temps et par les mêmes canaux et la vie du corps et la mort de l'âme : qui vous engendre vous tue, et la masse dont vous êtes formés étant infectée dans sa source, le péché s'attache et s'ineorpore à votre nature. De là, cette profonde ignorance ; de là, ces chutes continuelles ; de là, ces cupidités effrénées qui font tout le trouble et toutes les tempêtes de la vie humaine : Quod