Souligné au ms. pour l'impor- 3. Gènes., ni
•tance. Cf. le sommaire. 4. Joan., m, 6. — S. Aug., Scrm.
2. De veland. V%rg„ n. 11. clxxiv. n. 9 ;et Sem. ccxciv, n. 16.
natum est ex carne, caro est; et voyez, s'il vous plaît,, où va cette conséquence.
Les philosophes enseignent que la naissance et la mort [p. 9] conviennent aux mêmes sujets. Tout ce qui meurt prend naissance, tout ce qui prend naissance peut mourir : c'est la mort qui nous ôte ce que la naissance nous donne. Vous êtes homme par votre naissance, vous ne cessez d'être homme que par la mort; l'union de l 'âme et du corps se fait par la naissance ; aussi est-ce la mort qui en fait la dissolution. Or, jusques à ce que la nature soit guérie, être homme et être pécheur c'est la même chose : l'âme ne tient pas plus au corps que le péché et ses mauvaises inclinations s'attachent, pour ainsi dire, à la substance de l'âme. Que si le péché a sa naissance, il aura par conséquent sa vie et sa mort. Il a sa naissance par la nature corrompue, sa vie par nos appétits déréglés ; ce n'est donc pas sans raison que nous appelons une mort la guérison qui s'en fait par la grâce médicinale qui délivre notre nature : par où vous voyez que ce n'est pas sans raison que la conversion du pécheur s'appelle une mort. C'est pourquoi je ne m'étonne plus, grand Apôtre, si vous la nommez ordinairement de la sorte : vous nous voulez faire entendre combien nos blessures sont profondes, combien le péché et l'inclination au mal nous est devenue naturelle, et que,, naissant avec nous, il ne faut rien moins qu'une mort pour l'arracher de nos âmes.
Voilà déjà, ce me semble, quelque éclaircissement de la pensée de saint Paul, tiré, à la vérité, non des maximes orgueilleuses de la sagesse du siècle, mais des principes soumis et respectueux de l'humilité chrétienne. Nous n'avons point de [p. 10] honte d'avouer les infirmités de notre nature ; que ceux-là en rougissent qui ne connaissent pas le Libérateur. Pour nous, au contraire, nous osons nous glorifier de nos maladies, parce que nous savons et la miséricorde du médecin et la vertu du, remède. Ce remède, comme vous savez, c'est la mort de Notre-Seigneur ; et puisque nous voilà tombés sur la considération du remède, il est temps désormais que nous entendions raisonner l'apôtre saint Paul. « Le Fils de Dieu, dit-il, est mort au péché ; mortuits est pcc-
cato » ; « ainsi estimez, conclut-il, que vous êtes morts au péché; ita et vos eocistimate. . . mortvos quidem esse peccato1. » Que veut-il dire, que Notre-Seigneur est mort au péché, lui qui, dès le premier [moment] de sa conception, a toujours vécu à la grâce? Pour pénétrer sa pensée, il est nécessaire de reprendre la chose de plus haut, et de nous mettre devant les yeux quelques points remarquables de la doctrine de saint Paul, dans lesquels j'entre par cet exemple.
[P. 11] Si jamais vous vous êtes rencontrés dans une place publique où l'on aurait exécuté quelques criminels, n'est-il pas vrai que, par la qualité de la peine, vous avez souvent jugé de l'horreur du crime, et qu'il vous a semblé voir quelque idée de leurs forfaits dans les marques de leurs1 supplices et dans leurs faces défigurées? Vous êtes surpris peut-être que je vous propose un si funèbre spectacle : c'est pour vous faire avouer qu'il y a dans la peine quelque représentation de la coulpe. Oserons-nous bien maintenant, mon Sauveur, vous appliquer cet exemple? Il le faut bien, certes,, puisque vous avez paru sur la terre comme un criminel. Vous avez désiré vous rendre semblable aux pécheurs ; et, n'ayant point de péché, vous avez voulu néanmoins en subir toutes les peines pendant votre vie : votre sainte chair a été travaillée des mêmes incommodités que le péché seul avait attirées sur la nôtre; c'est pourquoi saint Paul ose dire que vous vous êtes fait « semblable à la chair du péché ; factus in simUitudinem carnis peccati2. » Quelle bonté, Chrétiens ! Ce n'a pas été assez au Fils du Père éternel de revêtir sa divinité d'une chair humaine ; cette chair plus pure que les rayons du soleil, qui méritait d'être ornée d'immortalité et de gloire, il la couvre encore, pour l'amour de nous, de l'image de notre péché: n'est-ce pas de quoi nous confondre? Que sera-ce donc, si nous venons à considérer que c'est par ce moyen que nos péchés sont guéris? C'est ici, c'est ici le trait le plus merveilleux de la miséricorde divine.
On rapporte que parfois les magiciens, possédés en leur âme d'un désir furieux de vengeance, font des ima-