‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 108 sur 441 · Rom., ti, 10, 11. 2 Rom., vin · texte numérisé non relu

Rom., ti, 10, 11. 2 Rom., vin

ges de cire de leurs ennemis, sur lesquelles ils murmu- :rent quelques paroles d'enchantement ; et après, ajoute-on, frappant ces statues, la blessure, par un fatal contrecoup, en retombe sur l'original. Est-ce fable ou vérité, je vous le laisse à juger : seulement sais-je bien qu'il s'est passé quelque chose de semblable en la personne de mon Maître1.

Où était l'image du péché? En sa chair bénite. Où était le péché même? En vous et en moi, Chrétiens. La chair du Sauveur, cette image innocente du crime, a été livrée entre les [p. 13] mains des bourreaux, pour >en faire à leur fantaisie : ils l'ont frappée, les coups ont porté sur le péché ; ils l'ont crucifiée, le péché a été crucifié ; ils lui ont arraché la vie, le péché a perdu la sienne : et voilà justement ce que l'Apôtre veut dire. Le Sauveur, selon sa doctrine, est mort au péché, parce que, abandonnant à la mort sa chair innocente qui en était l'image, il a anéanti le péché. Mais pourrons-nous conclure de là « qu'il faut que nous mourions avec lui, ita et vos existimate... mortuos quidem cssc peccato »? Certainement, Chrétiens, la conséquence en est bien aisée ; il ne faut que lever les yeux, et regarder notre Maître pendu à la croix. O Dieu ! comment a-on traité sa chair innocente ! Quelque part où je porte ma vue, je n'y saurais remarquer aucune partie entière. Quoi ! parce qu'elle portait l'image du péché, il a bien voulu qu'elle fût ainsi déchirée, et nous épargnerons le péché même qui vit en nos âmes ! nous ne mortifierons point nos concupiscences 2 ! au contraire, nous nous y laisserons aveuglément emporter ! Gardons-nous-en bien, Chrétiens3; il nous faut faire aujourd'hui un aimable échange avec le Sauveur. Innocent qu'il était, il s'est couvert de l'image de nos crimes, subissant la loi de la mort ; criminels que nous sommes, imprimons en nousmêmes la figure de sa sainte mort, afin de participer à son [p. 14] innocence. Car, lorsque nous portons la figure de cette mort, par une opération merveilleuse de

1. Ce paragraphe est barré dans 2. Var. : nos méchantes inclina-

le manuscrit ; apparemment par les tions.

•éditeurs modernes. Deforis le donne 3. Var. : Non, non. Chrétiens, •sans aucun avis au lecteur.

l'esprit de Dieu, la vertu nous en est appliquée. C'est pour cela que l'Apôtre nous exhorte à porter l'image de Jésus crucifié sur nos corps mortels, à avoir sa mort en nos membres, à nous conformer à sa mort '.

Mais quelle main assez industrieuse pourra tracer en nous cette aimable ressemblance? Ce sera l'amour, Chrétiens, ce sera l'amour. Cet amour saintement curieux 2 ira aujourd'hui avec Madeleine adorer le Sauveur dans sa sépulture ; il contemplera ce corps innocent gisant sur une pierre, plus froid et plus immobile que la pierre ; et là, se remplissant d'une idée si sainte, il en formera les traits dans nos âmes et dans nos corps. Ces yeux si doux, dont un seul regard a fait fondre saint Pierre en larmes, ne rendent plus de lumières : il portera la main sur les nôtres, il les tiendra clos pour toute cette pompe du siècle, ils n'auront plus de lumière pour les vanités. Cette bouche divine, de laquelle inondaient des fleuves de vie éternelle, je vois que la mort l'a fermée : l'amour fermera la nôtre à jamais aux blasphèmes et aux médisances, il rendra nos cœurs de glace pour les vains plaisirs qui ne méritent pas ce nom ; nos mains seront immobiles pour les rapines ; il nous sollicitera de nous jeter à corps perdu sur cet aimable mort et de nous envelopper avec lui dans son drap mortuaire. Aussi bien l'Apôtre nous apprend que « nous sommes ensevelis avec lui par le saint baptême : Consepulti ei in baptismo3. »

La belle cérémonie qui se faisait anciennement dans l'église au baptême des chrétiens ! C'était en ce jour qu'on les baptisait dans l'antiquité, et vous voyez que [p. 15] nous en retenons quelque chose dans la bénédiction des fonts baptismaux. On avait accoutumé de les plonger tout entiers et de les ensevelir sous les eaux ; et comme les fidèles les voyaient se noyer, pour ainsi dire, dans les ondes de ce bain salutaire, ils se les représentaient en un moment tout changés par la vertu du Saint- Esprit, dont ces eaux étaient animées : comme si, sor-

1. II Cor., IV, 10 ; Coloss., III, 5 ; uotre aimable Sauveur dans sa sé- Eom., vu, 4. pulture : contemplons ce corps in-

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