‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 114 sur 441 · Serm. CLXI, n. 6. 4. Rom., v · texte numérisé non relu

Serm. CLXI, n. 6. 4. Rom., v

Reste donc à voir si notre âme, par cette union, est élevée à quelque action de vie dont sa nature soit incapable. Ne nous éloignons pas de saint Augustin. Certes, dit ce grand homme, Uieu est une vie immuable ; il est toujours ce qu'il est, toujours en soi, toujours à soi : Est ipse semper in se, est ita ut est, non aliter nunc, aliter postea, aliter antea1. Il ne se peut faire que l'âme ne devienne meilleure, plus noble, plus excellente, s'unissant à cet Être souverain, très excellent et très bon. Étant meilleure, elle agira mieux ; et vous le voyez dans les justes : « car leur âme, dit saint Augustin, s'élevant à un Être qui est au-dessus d'elle et duquel elle est, reçoit la justice, la piété, la sagesse : Cum se erigit ad aliquid quod [ipsa non est, et quod] supra ipsam est et a quo ipsa est, percipit sapientiam, justitiam, pietatem2 .» Elle croit en Dieu, elle espère en Dieu, elle aime Dieu. Parlons mieux : comme saint Paul dit que « l'Esprit de Dieu crie et gémit, et demande en nous, Spiritus postulat pro nobis3, » aussi faut-il dire que le même [p. 25] Esprit croit, espère et aime en nos âmes, parce que c'est lui qui forme en nous cette foi, cette espérance et ce saint amour. Par conséquent, aimer Dieu, croire en Dieu, espérer en Dieu, ce sont des opérations toutes divines, que l'âme n'aurait jamais sans l'opération, sans l'union, sans la communication de l'Esprit de Dieu. Ce sont aussi des actions de vie, et d'une vie éternelle. Il est donc vrai que Dieu est notre vie.

O joie! ô félicité! qui ne s'estimerait heureux de vivre d'une si belle vie? qui ne la préférerait à toute sorte de biens? qui n'exposerait plutôt mille et mille fois cette vie mortelle que de perdre une vie si divine? Cependant notre premier père l'avait perdue pour lui et pour ses enfants. Sans le Fils de Dieu, nous en étions privés à jamais. Mais : « Je suis venu, dit-il, afin qu'ils vivent, et qu'ils vivent plus abondamment : Ego veni ut vitam habeant, et abundantius habcant4. » En effet* j'ai remarqué avec beaucoup de plaisir que, dans tous les discours du Sauveur qui nous sont rapportés dans son

1. In Joan., Tract. XIX, n. 11. 2. In Joan., Tract. XIX, n. 12.

Me. : Ipse est.., non aliter antea, ali- 3. Rom., VIII, 26.

fer postea. 4. Joan., x, 10.

Évangile, il ne parle que de vie, il ne promet que vie. D'où vient que saint Pierre, lorsqu'il lui demande s'il le veut quitter : Maître, où irions-nous ? lui dit-il : vous avez des paroles de vie éternelle1. Et le Fils de Dieu lui-même : Les paroles que je vous dis, sorit esprit et vie2. C'est qu'il savait bien que les hommes [p. 26] n'ayant rien de plus cher que vivre, il n'y a point de charme plus puissant pour eux que cette espérance de vie. Ce qui a donné occasion à Clément Alexandrin de dire dans cette belle hymne qu'il adresse à Jésus, le roi des enfants, c'est-à-dire des nouveaux baptisés, que « ce divin Pêcheur (ainsi appelle-il le Sauveur) retirait les poissons de la mer orageuse du siècle, et les attirait dans ses filets par l'appât d'une douce vie, dulci vita inescans3. »

Et c'est ici, Chrétiens, où il est à propos d'élever un peu nos esprits, pour voir dans la personne du Sauveur Jésus l'origine de notre vie. La vie de Dieu n'est que raison et intelligence ; et le Fils de Dieu procédant de cette vie et de cette intelligence, il est lui-même vie et intelligence. Pour cela, il dit en saint Jean que comme le Père a la vie en soi, aussi a-il donné à son Fils d'avoir la vie en soi4. C'est pourquoi les anciens l'ont appelé la vie, la raison, la lumière, et l'intelligence du Père 5 ; et cela est très bien fondé dans 6 les Écritures. Étant donc la vie par essence, c'est à lui à promettre, c'est à lui à donner la vie. L'humanité sainte qu'il a daigné prendre dans la plénitude des temps, touchant de si près à la vie, en prend tellement la vertu, qu'il en jaillit une source inépuisable d'eau vive : quiconque en boira aura la vie éternelle7. Il serait impossible de vous dire les belles choses que les saints Pères ont dites sur cette matière, surtout le grand saint Cyrille d'Alexandrie s. Souvenez-vous seulement de ce que l'on vous donne à ces [p. 27] redoutables autels : voici le temps auquel tous les fidèles y doivent participer. Est-ce du pain commun que l'on vous présente? n'est-ce pas le

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