Viande, toute sorte de nourri- terram. ■ture
prit de Dieu, en recevait ces trois dons : l'innocence, la paix, l'immortalité. Le diable, par le péché, lui a ravi l'innocence; la convoitise1 s'étant soulevée, a troublé la paix ; l'immortalité a cédé à la nécessité de la mort : voilà l'ouvrage de Satan opposé à l'ouvrage de Dieu. Or, le Fils de Dieu est venu pour dissoudre Vœuvre du diable2, et reformer l'homme selon la première [image] de son Créateur : ce sont les propres mots de saint Paul 3. Pour cela, il a répandu son saint Esprit dans l'âme des justes : afin de les faire vivre, et cet Esprit ne cesse de les renouveler tous les jours : cela est encore de l'Apôtre, renovatur de die in diem 4. Mais Dieu ne veut pas qu'ils soient changés tout à coup. Il y a trois dons à leur rendre ; [p. 29] il y aura aussi trois différents âges, par lesquels, de degré en degré, ils deviendront « hommes faits, in virum perfectum °. » Grand apôtre, ce sont vos paroles, et vous serez aujourd'hui notre conducteur. Et Dieu l'a ordonné de la sorte, afin de faire voir à ses bien-aimés les opérations de sa grâce les unes après les autres, de sorte que, dans ce monde, il répare leur innocence ; dans le ciel, il leur donne la paix ; à la résurrection générale, il les orne d'immortalité. Par ces trois âges, les justes arrivent à la plénitude de Jésus-Christ, ainsi que parle saint Paul, in mensuram œtatis plenitudinis Cliristi6. La vie présente est comme l'enfance ; celle dont les saints jouissent au ciel, ressemble à la fleur de l'âge ; après, suivra la maturité dans la résurrection générale. Au reste, cette vie n'a point de vieillesse, parce qu'étant toute divine, elle n'est point sujette au déclin : de là vient qu'elle n'a que trois âues, au lieu que celle que nous passons sur la terre souffre la vicissitude de quatre différentes saisons.
Je dis que les saints en ce monde sont comme dans leur enfance, et en voici la raison. Tout ce qui se rencontre dans la suite de la vie se commence dans les enfants : or nous avons dit que toute l'opération du Saint-Esprit, par laquelle il anime les justes, consiste à surmonter en eux ces trois furieux ennemis que le diable