Coloss., III, 10. 6. Ibid
nous a suscités, le péché, la concupiscence et la mort. Comment est-ce que Dieu les traite pendant cette vie? Avant toute chose, il ruine entièrement le péché ; la concupiscence y remue encore, mais elle y est combattue, [p. 30] et de plus elle y est surmontée ; pour la mort, elle y exerce son empire sans résistance, mais aussi l'immortalité est promise. Considérez ce progrès : le péché ruiné fait leur sanctification ; la concupiscence combattue, c'est leur exercice; l'immortalité promise est le fondement de leur espérance. Et ne remarquez -vous pas en ces trois choses les vrais caractères d'enfants? Comme à des enfants, l'innocence leur est rendue. Si le Saint- Esprit combat en eux la concupiscence, c'est pour les fortifier doucement par cet exercice, et pour former peu à peu leurs linéaments selon l'image de Notre-Seigneur. Enfin y a-il rien de plus convenable que de les entretenir, comme des enfants bien nés, d'une sainte et fidèle espérance? Sainte enfance des chrétiens, que tu es aimable ! Tu as, je l'avoue, tes gémissements et tes pleurs; mais qui considérera à quelle hauteur doivent aller ces commencements et quelles magnifiques promesses y sont annexées, il s'estimera bienheureux de mener une telle vie. Car, par exemple, dans l'âge qui suit après, que je compare avec raison à une fleurissante jeunesse, à cause de sa vigoureuse et forte constitution, quelle paix et quelle tranquillité y vois-je régner ! Ici-bas, Chrétiens, de quelle multitude de vains désirs l'âme des plus saints n'y est-elle point agitée ! Dieu y habite, je l'avoue, mais il n'y habite pas seul : il y a pour compagnons mille objets mortels que la convoitise ne cesse de leur présenter; parce que, ne pouvant [p. 31] séparer les justes de Dieu, auquel ils s'attachent, [elle] tâche du moins de les en distraire et de les troubler. C'est pourquoi ils gémissent sans cesse et s'écrient avec l'Apôtre : Misérable homme que je suis, qui me délivrera de ce corps 1 ? Au lieu qu'à la vie paisible dont les saints jouissent au ciel, saint Augustin lui donne cette belle devise: « Cupiditate extincta, charitate compléta2, la convoitise éteinte, la charité consommée. » Ces deux petits