‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 118 sur 441 · Eom., vn, 24 2. Epist. clxxvii, n · texte numérisé non relu

Eom., vn, 24 2. Epist. clxxvii, n

mots ont, à mon avis, un grand sens. Il me semble qu'il nous veut dire que l'âme, ayant déposé le fardeau du corps, sent une merveilleuse conspiration de tous ses mouvements à la même fin : il n'y a plus que Dieu en elle, parce qu'elle est toute en Dieu ; et possédée uniquement de cet esprit de vie dont elle expérimente la présence, elle s'y laisse si doucement attirer, elle y jouit d'une paix si profonde, qu'à peine est-elle capable de comprendre elle-même son propre bonheur : tant s'en faut que des mortels comme nous s'en puissent former quelque idée !

Ne semble-il pas, Chrétiens, que ce serait un crime de souhaiter quelque chose de plus? Et néanmoins vous savez qu'il y a un troisième [âge] , où notre vie sera parfaite, parce que notre félicité sera achevée. Dans les deux premiers, Jésus-Christ éteint en ses saints le péché et la convoitise : enfin, dans ce dernier âge et du monde et du genre humain, après avoir abattu nos autres ennemis [p. 32] sous ses pieds, la mort domptée couronnera ses victoires. Comment cela se fera-il ? Si vous me le demandez en chrétiens, c'est-à-dire non point pour contenter une vaine curiosité, mais pour fortifier la fidélité de vos espérances, je vous l'exposerai par quelques maximes que je prends de saint Augustin : elles sont merveilleuses, car il les a tirées de saint Paul. Tout le changement qui arrive dans les saints, se fait par l'opération de l'Esprit de Dieu. Or saint Augustin nous a enseigné que cet Esprit a sa demeure dans l'âme, à cause qu'il est sa vie. Si donc il n'habite point dans le corps, comment est-ce qu'il le renouvelle? Ce grand homme nous en va éclaircir par un beau principe. « Celui-là, ditil, possède le tout, qui tient la partie do" "nante : Totum possidet qui principale tenet ». « En toi, poursuit-il, la partie qui est lr, plus noble, c'est-à-dire l'âme, c'est cellelà qui domine : In te illud principatur quod melius est » ; et incontinent, il conclut : « Tenens Deus quod melius est, id est animam tuam, profccto per meliorem possidet et inferiorem, quod est corpus tuum 1 : Dieu tenant <ce qu'il y a de meilleur, c'est-à-dire tcn âme, par le

Page 1