Serm. CLXI, n
moyen du meilleur il entre en possession du moindre,, c'est-à-dire du corps. »
Qu'inférerons-nous de cette doctrine de saint Augustin ? La conséquence en est évidente : Dieu, habitant en nos âmes, a pris possession de nos corps ; par conséquent, ô Mort, tu ne les lui [p. 33] saurais enlever. Tu t'imagines qu'ils sont ta proie ; ce n'est qu'un dépôt que l'on consigne entre tes mains ; tôt ou tard Dieu rentrera dans son bien : « Il n'y a rien, dit le Fils de Dieu, qui soit si grand que mon Père ; ce qu'il tient en ses mains, personne ne le lui peut ravir, ni lui faire lâcher sa prise : Pater meus quod dédit mihi majus omnibus est, et nemo potest rapere de manu Pat ris mei l. » Partant, ô abîmes, et vous, flammes dévorantes, et toi, terre, mère commune et sépulcre de tous les humains, vous rendrez ces corps que vous avez engloutis ; et plus tôt le monde sera bouleversé, qu'un seul de nos cheveux périsse, parce que l'Esprit qui anime le Pils de Dieu, c'est le même qui nous anime. Il exercera donc en nous les mêmes opérations et nous rendra conformes à lui. Car remarquez cette théologie. Comme le Pils de Dieu nous assure qu'il ne fait rien que ee qu'il voit faire h son Père2, ainsi le Saint-Esprit qui reçoit du Fils, de meo aeeipiet3, le regarde comme l'exemplaire de tous ses ouvrages. Toutes les personnes dans lesquelles il habite, il faut nécessairement qu'il les forme à sa ressemblance. C'est ce que dit 1" Apôtre en ces mots : Si vous avez en vous VEsprit de eelui qui a vivifié Jésus-Christ, il vivifiera vos corps mortels*. Et de même que le germe que la nature a mis dans le grain de blé, se conservant parmi tant de changements et altérations différentes, produit en son temps un épi semblable à celui dont il est tiré, ainsi PEsprit de vie, qui, de [p. 34] la plénitude de Jésus-Christ, est tombé sur nous, nous renouvellera peu à peu selon les diverses saisons ordonnées par la Providence, et enfin nous rendra au corps et en l'âme 5 semblables à Notre-Seigneur, sans que la corruption ni la mort puissent empêcher sa vertu.