I Cor., xv
J'entends quelquefois les chrétiens soupirer après les délices de l'heureux état d'innocence : Oh ! si nous étions comme dans le paradis terrestre ! — Justement, car la vie en était bien douce, [p. 36] Et l'Apôtre vous dit que vous n'êtes pas chrétiens, si vous n'aspirez à quelque chose de plus. Posséder cette félicité, c'est être tout au plus comme Adam ; et il vous enseigne que vous devez [tous être] comme Jésus-Christ1. On ne vous promet rien moins que d'être placés avec lui dans le même trône: Qui vicerif, dabo ci sedere mecum in throno mco, dit le Sauveur en l'Apocalypse2 : Celui qui sera vainqueur, je le placerai dans mon trône.
Attendez-vous après cela, Chrétiens, que je vous apporte des raisons pour vous faire voir que cette vie doit être immortelle? N'est-ce pas assez de vous en avoir montré la beauté et les espérances, pour y porter vos désirs? Certes, quand je vois des chrétiens qui viennent dans le temps de Pâques puiser cette vie dans les sources des sacrements, et retournent après à leurs premières ordures, je ne saurais assez déplorer leur calamité. Ils mangent la vie, et retournent à la mort ; ils se lavent dans les eaux de la pénitence, et puis après au bourbier ; ils reçoivent l'Esprit de Dieu, et vivent comme des brutes. Fols, insensés ! Hé 3 ! ne comprenez-vous pas la perte que vous allez faire? Que de belles espérances vous allez tout à coup ruiner ! Conservez chèrement cette vie: peut-être que, si vous la perdez cette fois, elle ne vous sera jamais rendue. Dans la première intention de Dieu, elle ne se devait donner ni se perdre qu'une seule fois. Considérez cette doctrine. Adam l'avait perdue, c'en était fait pour jamais ; si le Fils de Dieu ne fût intervenu, il n'y avait plus de ressource. Enfin, il nous la rend par [p. 37] le saint baptême. Et si même nous venons à violer l'innocence baptismale, il se laisse aller, à la considération de son Fils, à nous rendre encore la grâce par la pénitence. Mais il ne se relâche pas tout à fait de son premier dessein. Plus nous la perdons de fois, et plus il se rend difficile. Dans le baptême, il nous la