Ibid., 13. 5. Ibid
et la justice. Ce qui étant ainsi, il n'y a pius aucune raison de douter que le Sauveur Jésus, l'envoyé du Père, qui ne fait rien que ce qu'il lui voit faire, n'ait pris les mêmes pensées.
Et sans en aller chercher d'autres preuves dans la suite de sa sainte vie, l'évangile que je vous ai proposé nous en donne une bien évidente. Mon Sauveur s'approche de Jérusalem ; et, considérant l'ingratitude extrême de ses citoyens envers lui, il se sent saisi de douleur, il laisse couler des larmes: Ha ! si tu savais, s'écrieil, ce qui t'est présenté pour la paix ! Mais, hélas ! tu es aveuglée : Si cognovisses l. Qui ne voit ici les marques d'une véritable [p. 5] compassion ? C'est le propre de la douleur de s'interrompre elle-même. Ha ! si tu savais, dit mon Maître : puis, arrêtant là son discours, plus il semble se retenir, plus il fait paraître une véritable tendresse; ou plutôt, si nous l'entendons, ce Si tu savais, prononcé avec tant de transport, signifie un désir violent ; comme s'il eût dit : « Ha ! plût à Dieu que tu susses ! » C'est un désir qui le presse si fort dans le cœur, qu'il n'a pas assez de force pour l'énoncer par la bouche comme il le voudrait, et ne le peut exprimer que par un élan de pitié. Ainsi donc la voix de ton Pasteur t'invite à la pénitence, ô ingrate Jérusalem : trop heureuse, hélas ! que tes malheurs soient plaints d'une bouche si innocente, et pleures de ces yeux divins, si ton aveuglement te pouvait permettre de profiter de ces 2 larmes. Mais, comme il prévoit que tu seras insensible aux témoignages de son amour, il change ses douceurs en menaces, et : Viendra le temps, poursuit-il, que tu seras entièrement ruinée par tes ennemis. Pour quelle raison? Parce que tu n'as pas reconnu l'heure dans laquelle je t'ai visitée. C'est la cause de leurs misères. Par où nous voyons que ce discours de mon Maître n'est pas une [p. 6] simple prophétie de leur disgrâce future. Il leur reproche le mépris qu'ils ont fait de lui ; il leur fait entendre que son affection méprisée se tournera en fureur ; que lui-même, qui daigne les plaindre, les verra périr sans être touché de pitié, et qu'il les poursuivra