Luc, Xix, 42. 2. Ms. : ses pour ce
par les mains des soldats romains, ministres de sa vengeance.
Voilà, dans le même discours, le Sauveur miséricordieux et le Sauveur inexorable ; et c'est ce que je prétends vous faire considérer aujourd'hui avec l'assistance divine1. Ce que mon Maître a fait une fois au sujet de Jérusalem, tous les jours il le fait à notre sujet, ingrats et aveuglés que nous sommes : il invite et menace, il embrasse et rejette; premièrement doux, après implacable. Je vous représenterai donc aujourd'hui, pour l'explication de mon texte, les larmes et les plaintes du Sauveur qui nous appellent à lui ; puis la colère du même Sauveur qui nous repousse bien loin de son trône : Jésus déplorant nos maux, à cause de sa [p. 7] propre bonté ; Jésus devenu impitoyable, à cause de l'excès de nos crimes. Écoutez premièrement la voix douce et bénigne de cet Agneau sans tache ; et après vous écouterez les terribles rugissements de ce lion victorieux, né de la tribu de Juda : c'est le sujet de cet entretien.
Pour vouc faire entendre par une doctrine solide combien est immense la miséricorde de notre Sauveur, je vous prie de considérer une vérité que je viens d'avancer tout à l'heure, et que j'ai prise de Tertullian. Ce grand homme nous a enseigné que Dieu a commencé ses ouvrages par un épanchement de sa bonté sur toutes ses créatures, et que sa première inclination, c'est de nous bien faire. Et en vérité il me semble que sa raison est bien évidente ; car, pour bien connaître quelle est la première des inclinations, il faut choisir celle qui se trouvera la plus naturelle, d'autant que la nature est la racine de tout le reste. Or notre Dieu, Chrétiens, a-il rien de plus naturel que cette inclination de nous enrichir par la profusion de ses grâces? Comme une source
1. Edit. : « Sachez, ô Fidèles, cations du manuscrit. « Bossuet
qu'étant, comme nous sommes, l'Is- n'effaçait point cette phrase, mais il
raël de Dieu et les vrais enfants de la transportait à la fin du second
la race d'Abraham, nous héritons point de son discours, où elle se
des promesses et des menaces de ce retrouve, en effet, avec quelques
premier peuple. B — On n'a pas pris changements. )) garde, remarque Gandar, aux indi-
envoie ses eaux naturellement, comme le soleil naturellement répand ses rayons, ainsi Dieu naturellement fait du bien. Étant bon, abondant, plein de richesse infinie [p. 8] par sa condition naturelle, il doit être aussi par nature bienfaisant, libéral, magnifique. Quand il te punit, ô impie, la raison n'en est pas en lui-même ; il ne veut pas que personne périsse : c'est ta malice, c'est ton ingratitude qui attire son indignation sur ta tête. Au contraire, si nous voulons l'exciter à nous faire du bien, il n'est pas nécessaire de chercher bien loin des motifs : sa propre bonté, sa nature, d'elle-même si bienfaisante, lui est un motif très pressant et une raison intime qui ne le quitte jamais. C'est pourquoi Tertullian dit fort à propos que « la bonté est la première, parce qu'elle est selon la nature : Prior bonitas, secundum na~ turam » ; et « que la sévérité suit après, parce qu'il lui faut une cause: Posterior severitas, secundum camam 1 ». Comme s'il disait : A la munificence divine, il ne lui faut point de raison, si on peut parler de la sorte ; c'est la propre nature de Dieu : il n'y a que la justice qui va chercher des causes et des raisons : encore ne les chercheelle pas, nous les lui donnons ; c'est nous qui fournissons par nos crimes la matière à sa juste vengeance. Par conséquent, comme dit très bien le même Tertullian, « ce que Dieu est bon, [p. 9] c'est du sien et de son propre fonds ; ce qu'il est juste, c'est du nôtre : De suo optimus, de nostro justus2. » L'exercice de la bonté lui est souverainement volontaire ; celui de la justice, forcé : celui-là procède entièrement du dedans; celui-ci, d'une cause étrangère. Or, il est évident que ce qui est naturel, intérieur, volontaire, précède toujours ce qui est étranger et contraint. Il est donc vrai, ce que j'ai touché dès l'entrée de ce discours, ce que je viens de prouver par les raisons de Tertullian, que, «dans l'origine des choses, Dieu n'a pu faire paraître que de la bonté : Deus a primordio3 tantum bonus. »
Passons outre maintenant, et disons : Le Sauveur Jésus, Chrétiens, notre amour et notre espérance, notre pontife, notre avocat, notre intercesseur, qu'est-il venu