Bossuet écrit : mots, par dis
soudre le Fils de Dieu à se revêtir d'une chair semblable à la nôtre, c'est le dessein qu'il a eu de ressentir pour [p. 14] nous une compassion véritable ; et en voici la raison, prise de l'Épître aux Hébreux, dont je m'en vais tâcher de vous exposer la doctrine ; et rendez- [vous], s'il vous plaît, attentifs. Si le Fils de Dieu n'avait prétendu autre chose que de s'unir seulement à quelqu'une de ses créatures, les intelligences célestes se présentaient, ce semble, à propos dans son voisinage, qui, à raison de leur immortalité et de leurs autres qualités éminentes, ont sans doute plus de rapport avec la nature divine ; mais, certes, il n'avait que faire de chercher dans ses créatures ni la grandeur, ni l'immortalité. Qu'est-ce qu'il y cherchait, Chrétiens? La misère et la compassion. C'est pourquoi, dit excellemment la savante Ëpître aux Hébreux : « Non angelos apprehendit ; sed semen A brahse apprehendit 1: Il n'a pas pris la nature angélique » ; mais il a voulu prendre, servonsnous des mots de l'auteur2, il a voulu appréhender la nature humaine. La belle réflexion que fait, à mon avis, sur ces mots le docte saint Jean Chrysostome 3 ! Il a, dit l'Apôtre, appréhendé la nature humaine ; elle s'enfuyait, elle ne voulait point du Sauveur : qu'a-il fait? Il a couru après d'une course précipitée, sautant les montagnes, c'est-à-dire les ordres des anges, comme il est écrit aux [p. 15] Cantiques4 ; il a couru, comme un géant, à grands pas et démesurés, passant en un moment du ciel en la terre : Exultavit ut gigas ad currendam viam 5. Là, il a atteint cette fugitive nature, il l'a saisie, il l'a appréhendée au corps et en l'âme : Semen Abrahse apprehendit. Il a eu pour ses frères, c'est-à-dire pour nous autres hommes, une si grande tendresse, « qu'il a voulu en tout point se rendre semblable à eux : Dclndt per omnia fratribus similari6. » Il a vu que nous étions composés de chair et de sang : pour cela, il a pris, non un corps céleste, comme disaient les Marcionites ; non