‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 141 sur 441 · Luc, xix, 43. 3. Esod., vu · texte numérisé non relu

Luc, xix, 43. 3. Esod., vu

2. Édit. : leurs rues. — « Le sin- 4. Levit., xxvi, 19. — Ms. : desugulier est très facile à comprendre : ptrferreum.

chacun dans sa rue. )) (Gandar.) 5. Edit. : sur elle

elle voulait l voir onze cent mille hommes couchés sur la place, dans le siège d'une seule ville ; et après cela encore, poursuivant les restes de cette nation déloyale, il les a dispersés par toute la terre. Pour quelle raison? Comme les magistrats, après avoir fait rouer quelque [s] malfaiteur [s], ordonnent que l'on exposera en plusieurs endroits, sur les grands chemins, leurs membres écartelés, pour faire frayeur aux autres scélérats ; cette comparaison vous fait horreur : tant y a que Dieu s'est comporté à peu près de même. Après avoir exécuté sur les Juifs l'arrêt de mort que leurs propres prophètes leur avaient, il y avait si longtemps, prononcé, il les a épandus çà et là parmi le monde, portant de toutes [parts] imprimée sur eux la marque de sa vengeance 2 ; [p. 38] peuple monstrueux, qui n'a ni feu ni lieu, sans pays, et de tout pays ; autrefois le plus heureux du monde, maintenant la fable et la haine de tout le monde ; misérable, sans être plaint de qui que ce soit ; devenu, dans sa misère, par une certaine malédiction, la risée des plus modérés. Ne croyez pas toutefois que ce soit mon intention d'insulter à leurs infortunes : non ; à Dieu ne plaise que j'oublie jusques à ce point la gravité de cette chaire ! mais j 'ai cru que, mon évangile nous ayant présenté cet exemple, le Fils de Dieu nous invitait à y faire quelque réflexion. Donnez-moi un moment de loisir pour nous appliquer à nous-mêmes celles que [nous] avons déjà faites, qui sont peut-être trop générales.

Chrétiens, quels que vous soyez, en vérité, quels sentiments produit dans vos âmes une si étrange révolution ? Je pense que vous voyez bien, par des circonstances si remarquables et par le rapport de tant de prophéties (et il y en a une infinité d'autres qui ne pouvai[en]t pas être expliquées dans un seul discours) , vous voyez bien, dis-je, que la main de Dieu éclate dans cet ou-

1 . Laissons se scandaliser ceux M. Gandar s'en autorise pour récriqni oublient le déicide. miner contre l'exaltation croissante,

2. Les éditeurs en coupant ici la les emportements et même le fanaphrase, et faisant un nouvel alinéa tisme de cette seconde partie du de ce qui n'est qu'iuie simple appo- sermon. (Bossuet orateur, p 68.) sition, faussent la pensée de Bossuet.

vrage. Au reste, ce n'est point ici une histoire qui se soit passée dans quelque coin inconnu de la terre, ou qui soit venue à nous par quelques bruits incertains : [p. 39] cela s'est fait à la face du monde ; Josèphe, historien juif, témoin oculaire, également estimé et des nôtres et de ceux de sa nation, nous l'a racontée tout au long ; et il me semble que cet accident est assez considérable pour mériter que vous y pensiez.

Vous croirez peut-être que la chose est trop éloignée de notre âge pour nous émouvoir ; mais, certes, ce nous serait une trop folle pensée de ne craindre pas, parce que nous ne voyons pas toujours à nos yeux quelqu'un frappé de la foudre. Vous devriez considérer que Dieu ne se venge pas moins, encore que souvent il ne veuille pas que sa main paraisse. Quand il fait éclater sa vengeance, ce n'est pas pour la faire plus. grande: c'est pour la rendre exemplaire ; et un exemple de cette sorte, si public, si indubitable, doit servir de mémorial es siècles des siècles. Car enfin, si Dieu en ce temps-là haïssait le péché, il n'a pas commencé à lui plaire depuis : outre que nous serions bien insensés d'oublier la tempête qui a submergé les Juifs, puisque nous voyons à nos yeux des restes de leur naufrage, que Dieu a jetés, pour ainsi dire, à nos portes 1. Et ce n'est pas pour autre raison que Dieu conserve les Juifs ; c'est afin de faire durer l'exemple de sa vengeance. Enfin il est bien étrange que nous aimions [mieux] [p. 40] nousmêmes peut-être servir d'exemples, que de faire profit de celui des autres2.

Quand nous ne verrions dans le peuple juif qu'une grande nation qui est tout à coup renversée, ce serait assez pour nous faire craindre la même [punition], particulièrement en ces temps de guerre, où sa justice nous poursuit et nous presse si fort. Mais si nous considérons que c'est le peuple juif, autrefois le peuple de Dieu, auquel nous avons succédé, qui fait la figure de tout ce qui doit nous arriver, selon que l'enseigne l'Apô-

1. « A nos yeux, à nos portes : al- ms. : « La main de Dieu est sur nous lusion directe aux Juifs qui nabi- trop visiblement pour ne le pas taient Metz. )) (Gandar.) reconnaître ; et il est temps désor-

2. Les anciens éditeurs conservent mais que nous prévenions sa juste ici la phrase suivante, effacée au fureur par la pénitence. D

tre 1 nous trouverons que cet exemple nous touche bien plus près que nous ne pensons ; puisque, étant l'Israël de Dieu et les vrais enfants de la race d'Abraham, nous devons hériter aussi bien des menaces que des promesses qui leur sont faites.

Mais il faut, ô pécheur, il faut que j'entre avec toi dans une discussion plus exacte ; il faut que j 'examine si tu es beaucoup moins coupable que ne sont les Juifs. Tu me dis qu'ils n'ont pas connu le Sauveur : et toi, penses-tu le connaître? Je te dis en un mot, avec l'apôtre saint Jean, que « qui pèche ne le connaît pas, et ne sait qu'il2 est : Qui peccat, non vtdit eum, nec cognovit eum3. » Tu l'appelles ton Maître [p. 41] et ton Seigneur ; oui, de bouche. Tu te moques de lui ; il faudrait le dire du cœur. Et comment est-ce que le cœur parle? Par les œuvres : voilà le langage du cœur ; voilà ce qui fait connaître ses intentions. Au reste, ce cœur, tu n'as garde de le lui donner ; tu ne le peux pas : tu dis toimême qu'il est engagé ailleurs dans des liens que tu appelles bien doux. Insensé, qui trouves doux ce qui te sépare de Dieu ! Et après cela, tu penses connaître son Fils ! Non, non, tu ne le connais pas ; seulement tu en sais assez pour être damné davantage : comme les Juifs, dont les rébellions ont été punies plus rigoureusement que celles des autres peuples, parce qu'ils avaient reçu des connaissances plus particulières.

Mais, direz-vous, les Juifs ont crucifié le Sauveur. Et ignorez-vous, ô pécheurs ! que vous foulez4 aux pieds le sang de son testament ; que vous faites pis que de le crucifier ; que, s'il était capable de souffrir, un seul péché mortel lui causerait plus de douleur que tous ses supplices? Ce n'est point ici une vaine exagération ; il faut brûler toutes les Écritures, si cela n'est vrai. Elles nous

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