Ms. : bénist. 2. Edit. : et toutefois
belle espérance, que puis-je craindre dans cette entreprise? J'entre donc en matière avec confiance: Chrétiens, rendez-vous attentifs.
[Premier Point.]
[Je * dis donc avant toutes choses qu'il n'y eut jamais mère qui chérît son fils avec une telle tendresse que faisait Marie; je dis qu'il n'y eut jamais fils qui chérît sa mère avec une affection si puissante que faisait Jésus. J'en tire la preuve des choses les plus connues. Interrogez une mère d'où vient que souvent, en la présence de son fils, elle fait paraître une émotion si visible : elle vous répondra que le sang ne peut se démentir, que son fils, c'est sa chair et son sang, que c'est là ce qui émeut ses entrailles et cause ces tendres mouvements à son cœur, l'Apôtre même ayant dit que « personne ne peut haïr sa chair : Nemo enim vmquam carnem suam odio habuit2 ». Que si ce que je viens de dire est véritable des autres mères, il l'est encore beaucoup plus de la sainte Vierge; parce qu'ayant conçu de la vertu du Très- Haut, elle seule a fourni toute la matière dont la sainte chair du Sauveur a été formée; et de là, je tire une autre considération.
Ne vous semble-il pas, Chrétiens, que la nature a distribué avec quelque sorte d'égalité l'amour des enfants entre le père et la mère? C'est pourquoi elle donne ordinairement an père une affection plus forte, et imprime dans le cœur de la mère je ne sais quelle inclination plus sensible. Et ne serait-ce point peut-être pour cette raison que, quand l'un des deux a été enlevé par la mort, l'autre se sent obligé, par un sentiment naturel, à redoubler ses affections et ses soins? Cela, ce me semble, est dans l'usage commun de la vie humaine. Si bien que la très pure Marie n'ayant à partager avec aucun homme ce tendre et violent amour qu'elle avait pour son Fils Jésus, vous ne sauriez assc; vous imaginer jusques à quel point elle en était transportée, et combien elle y ressentait de douceurs. Ceci toutefois n'est encore qu'un commencement de ce que j'ai à vous dire.
Certes il est véritable que l'amour des enfants est si naturel, qu'il faut avoir dépouillé tout sentiment d'humanité pour ne l'avoir pas. Vous m'avouerez néanmoins qu'il s'y mêle quelquefois certaines circonstances qui portent l'amour des parents à l'extrémité. Par exemple, notre père Abraham n'avait jamais cru avoir des enfants de Sara : elle était stérile; ils étaient tous deux dans un âge décrépit et caduc. Dieu ne laisse pas de les visiter et leur donne un fils. Sans doute cette rencontre fit qu'Abraham le tenait plus cher sans comparaison; il le considérait, non tant comme son fils que comme le fih de In pre-
1. Le ms. porte seulement cette qui s'ensuit : Arrêtons-nous, etc. ».
indication: «Sermon Ecce Filius Cf. ci-dessus, p. 76.
tuus. fol. 4, marque + jusques à fol. 2. Ephes., v. 29. 8, à la même marque + . Après, ce
messe divine, Promissionis filins 1, que sa foi lui avait obtenu du Ciel lorsqu'il y pensait le moins. Aussi voyons-nous qu'on l'appelle Isaac, c'est-à-dire Ris 2; parce que, venant en un temps où ses parents ne l'espéraient plus, i! devait être après cela toutes leurs délices. Et qui ne sait que Joseph et Benjamin étaient les bien-aimés et toute la joie de Jacob, à cause qu'il les avait eus dans son extrême vieillesse d'une femme que la main de Dieu avait rendue féconde sur le déclin de sa vie ? Par où il paraît que la manière dont on a les enfants, quand elle est surprenante ou miraculeuse, les rend de beaucoup plus aimables. Ici, Chrétiens, quels discours assez ardents pourraient vous dépeindre les saintes affections de Marie? Toutes les fois qu'elle regardait ce cher Fils: O Dieu! disait-elle, mon Fils, comment est-ce que vous êtes mon Fils! qui l'aurait jamais pu croire, que je dusse demeurer vierge et avoir un Fils si aimable? quelle main vous a formé dans mes entrailles? comment y êtesvous entré, comment en êtes- vous sorti, sans laisser de façon ni d'autre aucun vestige de votre passage? Je vous laisse à considérer jusqu'à quel point elle s'estimait bienheureuse, et quels devaient être ses transports dans ces ravissantes pensées. Car vous remarquerez, s'il vous plaît, qu'il n'y eut jamais vierge qui aimât sa virginité avec un sentiment si délicat. Vous verrez tout à l'heure où va cette réflexion.
C'est peu de vous dire qu'elle était à l'épreuve de toutes les promesses des hommes : j'ose encore avancer qu'elle était à l'épreuve même des promesses de Dieu. Cela vous paraît étrange sans doute; mais il n'y a qu'à regarder l'histoire de l'Évangile. Gabriel aborde Marie et lui annonce qu'elle concevra dans ses entrailles le Fils du Très-Haut3, le roi et le restaurateur d'Israël. Voilà d'admirables promesses. Qui pourrait s'imaginer qu'une femme dût être troublée d'une si heureuse nouvelle, et quelle vierge n'oublierait pas le soin de sa pureté, dans une si belle espérance? Il n'en est pas ainsi de Marie; au contraire, elle y forme des difficultés : Comment se peut-il faire, ditelle4, que je conçoive ce Fils dont vous me parlez, moi qui ai résolu de ne connaître aucun homme? Comme si elle eût dit : Ce m'est beaucoup d'honneur, à la vérité, d'être mère du Messie; mais si je la suis, que deviendra ma virginité? Apprenez, apprenez, Chrétiens, à l'exemple de la sainte Vierge, l'estime que vous devez faire de la pureté. Hélas! que nous faisons ordinairement peu de cas d'un si beau trésor! Le plus souvent, parmi nous, on l'abandonne au premier venu, et qui le demande l'emporte. Et voici que l'on fait à Marie les plus magnifiques promesses qui puissent jamais être faites à une créature; et c'est un ange qui les lui fait de la part de Dieu : remarquez toutes ces circonstances; elle craint toutefois, elle hésite : elle est prête à dire que la chose ne se peut faire, parce qu'il lui semble que sa virginité est intéressée 5 dans cette proposition :