Matth., xviï, 5. 4. Rom.. vnT
nous donnant son Fils, ne nous a-il uas donné toute sorte de biens avec lui? Que s'il nous a fait paraître une affection si sincère, parce qu'il nous l'a donné comme Maître et comme Sauveur, l'amour ineffable qu'il avait pour vous, lui a fait concevoir bien d'autres desseins en votre faveur. Il a ordonné qu'il fût à vous en la même qualité qu'il lui appartient; et pour établir avec vous une société éternelle, il a voulu que vous fussiez la mère de son Fils unique, et être le Père du vôtre. O prodige! ô abîme de charité! quel esprit ne se perdrait pas dans la considération de ces complaisances incompréhensibles qu'il a eues pour vous, depuis que vous lui touchez de si près par ce commun Fils, le nu-ud inviolable de votre sainte alliance, le page de vos affections mutuelles, que vous vous êtes donné amoureusement l'un à l'autre; lui, plein d'une divinité inipas sible; vous, revêtu, pour lui obéir, d'une chair mortelle1?]
Croissez donc, ô heureux enfant, croissez à la bonne heure ! 2 Que le ciel propice puisse faire tomber sur votre tête innocente les plus douces de ses influences ! Croissez, et puissent bientôt toutes les nations de la terre venir adorer votre Fils ! puisse votre gloire être reconnue de tous les peuples du inonde, esquels votre enfantement donnera une paix éternelle! Pour nous, mus d'un pieux respect pour celui qui vous a choisie, nous venons honorer votre lumière naissante, et jeter sur votre berceau, non des roses et des lis, mais des bouquets sacrés de désirs ardents et de sincères louanges. Certes, je l'avoue, Vierge sainte, celles que je vous ai données sont beaucoup au-dessous de vos grandeurs, et beaucoup au-dessous de mes vœux ; et toutefois je me sens ébloui d'avoir si longtemps contemplé, quoique à travers de tant de nuages, ce haut éclat qui vous environne : je suis contraint de baisser la vue. Mais, comme nos faibles yeux, éblouis des rayons du soleil dans l'ardeur de son midi, l'attendent quelquefois pour le regarder plus à leur aise lorsqu'il penche sur son couchant, dans lequel il semble à nos sens qu'il descende plus près de la terre, ainsi, étant étonné de vous avoir considéré [e] si longtemps dans cette qualité éminente de mère du Sauveur, qui vous approche si près de Dieu, et vous élève si fort audessus de nous, il faut, pour me remettre, que je vous considère un moment dans la qualité de mère des fidèles, qui vous approche si près de nous, et vous fait, pour
1. Fin du 3e emprunt au sermon note I. de l:i Dévotion à la Vierge.Cf . p. 87, 2. A ?«&o»we/*eMw,promptenient.
ainsi dire, descendre jusques à nos faiblesses, esquelles vous compatissez avec une piété maternelle1. Je ne m'éloignerai point des principes qiie j'ai posés; mais il faut que je tâche d'en tirer quelques instructions. Achevons, Chrétiens, achevons ; il est temps désormais de conclure.
[Quatrième Toint]
[("est 2 avec beaucoup de sujet que nous réclamons 3 dans nos oraisons la très heureuse Marie comme étant la mère commune de tous les fidèles. Nous avons reçu cette tradition de nos pères. Us nous ont appris que le genre humain ayant été précipité dans une mort éternelle par un homme et par une femme, Dieu avait prédestiné une nouvelle Eve, aussi bien qu'un nouvel Adam, afin de nous faire renaître. Et de cette doctrine, que tous les anciens ont enseignée d'un consentement unanime, il me serait aisé de conclure que, comme la première Eve est la mère de tous les mortels, ainsi la seconde, qui est la très sainte Vierge, doit être estimée la mère de tous les fidèles. Ce que je pourrais confirmer par une belle pensée de saint Epiphane, qui assure (dans l'Hérésie LXXVHi) que cette première Eve est appelée dans la Genèse mère des vivants, en énigme; c'est-à-dire, ainsi qu'il l'expose lui-même, en figure, comme étant la représentation de Marie. A quoi j'aurais encore à ajouter un passage célèbre de saint Augustin dans le livre ('<■ la sainte Virginité, où ce grand docteur nous enseigne que la Vierge a. selon le corps est mère du Sauveur qui est notre chef, et, selon l'esprit, des fidèles qui sont ses membres : Carne mater capitis nostri, si'irilu mater membrorum ejus4... » 5 Sans examiner fous les titres par lesquels la sainte Vierge est appelée à bon droit la mère des chrétiens, je tâcherai seulement de vous {'aire voir (et c'est à mon avis ce qui vous doit toucher davantage) qu'elle est mère par le sentiment : je veux dire qu'elle a pour nous une tendresse véritablement maternelle. Pour le comprendre, vous n'avez, s'il vous plaît, qu'à suivre ce raisonnement.
1. Toute cette conclusion du i'.e 4. De sa net. Virginit., n. 4. point a été singulièrement rajeunie 5. Bossuet, en reprenant, dans dans les précédentes éditions. cette dernière partie, les raison ne-
2. A la place de cette quatrième ments du sermon sur la Dévotion à partie, les éditeurs donnent ici une la Vierge, de 1651, ne les reproduiintèrpolation, de date postérieure: sr>it pas textuellement. Malheifreuse- •< Intercédez pour nous, etc.» (Cf. ment le ms. de la Nativité, à Meaux, Histoire critique de la Prédication n'a plus ici de renvois précis : et. les de Bossuet, p. 76). Pour l'introduire quelques feuillets qui sont en double dans le discours, ils sont obligés de dans celui du Rosaire, à la Biblioretrancher quelques phrases qui thèque nationale, sont incomplets, et feraient double emploi. C'est la con- peu explicites. Nous nous bornons viction de leur erreur: elle parait donc à emprunter à ce discours ce d'ailleurs aussi dans les différences qui est nécessaire à la suite de la d'orthographe. démonstration.