‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 168 sur 441 · I Cor., ix · texte numérisé non relu

I Cor., ix

nous pas vivre sans plaisir, nous qui devons mourir avec plaisir? Non possumus vivere sine voluptate, qui mori cum voluptate debemus l ! » Ce sont les paroles du grave Tertullien, qu'il prêtera volontiers aux sentiments de François, si dignes de cette première vigueur et fermeté des mœurs chrétiennes.

Sévère, mais évangélique doctrine ; dures, mais indubitables vérités, qui faites frémir tous nos sens, et paraissez si folles à notre aveugle sagesse : c'est vous qui avez rendu l'inimitable François si heureusement insensé; c'est vous qui l'avez enflammé d'un violent désir du martyre, qui lui fait chercher de toutes parts quelque infidèle qui ait soif de son sang. Et certes il est véritable, encore que tous nos sens y répugnent, qu'un chrétien qui est blessé de l'amour de notre Sauveur n'a pas de plus grand plaisir que de répandre son sang pour lui. C'est là peut-être le seul avantage que nous pouvons remporter sur les anges. Us peuvent bien être les compagnons de la gloire de Notre-Seigneur, mais ils ne peuvent pas être les compagnons de sa mort. Ces bienheureuses intelligences peuvent bien paraître devant la face de Dieu comme des victimes brûlantes d'une charité éternelle, mais leur nature impassible ne leur permet pas de faire une généreuse épreuve de leur affection parmi les souffrances, et de recevoir cet honneur, si doux à celui qui aime, d'aimer jusqu'à mourir, et même de mourir par amour. Pour nous, au contraire, nous jouissons de ce précieux avantage ; car des deux sortes de vies qu'il a plu à Dieu nous donner, l'une, immortelle et incorruptible, fera durer notre amour éternellement dans le ciel ; et pour l'autre, qui est périssable, nous la lui pouvons immoler pour signaler cet amour sur la terre. Et c'est, comme je vous disais tout à l'heure, ce qui peut arriver de plus doux à une âme vraiment percée des traits de l'amour divin.

Ne voyez-vous pas, Chrétiens, que le Sauveur Jésus, durant le cours de sa vie mortelle, n'a point eu de plus délicieuse pensée, que celle qui lui représentait la mort qu'il devait endurer pour l'amour de nous? Et d'où lui

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