Tertull., de Svcci., n
venait ce goût, ce plaisir ineffable qu'il ressentait dans la considération de maux si pénibles et si étranges? C'est parce qu'il nous aimait d'une charité immense, dont nous ne saurions jamais nous former qu'une très faible idée. C'est pourquoi il brûle d'impatience de voir bientôt luire au monde cette Pâque si mémorable 1, qu'il devait sanctifier par sa mort. Il soupire sans cesse après ce baptême de sang 2 et après cette heure dernière, qu'il appelait aussi son heure par excellence3, comme étant celle où son amour devait triompher. Lorsque Jean- Baptiste, son saint Précurseur, voit reposer le Saint- Esprit sur sa tête4, que le ciel s'entrouvre sur lui, que le Père le reconnaît publiquement pour son Fils, ce n'est pas là, Chrétiens, ce qu'il appelle son heure. Cette heure, qui est la sienne, selon sa façon de parler ordinaire et selon la phrase de l'Écriture, c'est celle à laquelle, portant nos iniquités sur le bois, il se doit immoler pour nous par un sacrifice de charité.
Que si le Créateur trouve une joie si parfaite à mourir pour sa créature, quel contentement doit éprouver la créature de mourir pour son Créateur ! Et c'est ici où l'âme fidèle ressent de merveilleux transports dans la contemplation de notre Maître crucifié. Ce sang précieux, qui ruisselle de toutes parts de ses veines cruellement déchirées, devient pour elle comme un fleuve de flammes, qui l'embrase d'une ardeur invincible de se consumer pour lui. Et pourrions-nous voir notre brave et victorieux capitaine verser son sang pour notre salut avec une si grande joie, sans que le nôtre s'échauffât en nous-mêmes par ce spectacle d'amour? Les médecins nous apprennent que ce sont certains esprits chauds, et par conséquent actifs et vigoureux, qui, se mêlant parmi notre sang, le font sortir ordinairement avec une grande impétuosité, sitôt que la veine est ouverte5. Ah ! que le sang de Jésus-Christ, qui est coulé dans nos veines par la vertu de ses sacrements, anime le sang des martyrs