Matth., m, 16, 17. ciermes théories. Bossuet se borne
5. Bien que la circulation du sang ici d'ailleurs à leur emprunter la eût été démontrée par Harvey, en matière d'une comparaison.
d'une sainte et divine chaleur, qui le fait jaillir d'ici- bas jusque sur le trône de Dieu, lorsqu'une épée infidèle l'épanché pour la confession de la foi ! Regardez ces bienheureux soldats du Sauveur, avec quelle contenance ils allaient se présenter au supplice. Une sainte et divine joie éclatait dans leurs yeux et sur leurs visages, par je ne sais quelle ardeur plus qu'humaine qui étonnait tous les spectateurs. C'est qu:ils considéraient en esprit ces torrents du sang de Jésus, qui se débordaient sur leurs âmes par une inondation merveilleuse.
Je ne m'étonne donc plus si l'incomparable François désire si ardemment le martyre, lui qui ne perdait jamais de vue le Sauveur attaché à la croix, et qui attirait continuellement, de ses adorables blessures, cette eau céleste de l'amour de Dieu, qui jaillit jusqu'à la vie éternelle. Enivré de ce divin breuvage, il court au martyre comme un insensé : ni les fleuves, ni les montagnes, ni les vastes espaces des mers ne peuvent arrêter son ardeur. Il passe en Asie, en Afrique, partout où il pense que la haine soit la plus échauffée contre le nom de Jésus. Il prêche hautement à ces peuples la gloire de l'Évangile ; il découvre les impostures de Mahomet, leur faux prophète. Quoi ! ces reproches si véhéments n'animent pas ces barbares contre le généreux François? Au contraire, ils admirent son zèle infatigable, sa fermeté invincible, ce prodigieux mépris de toutes les choses du monde : ils lui rendent mille sortes d'honneurs. François, indigné de se voir ainsi respecté par les ennemis de son Maître, recommence ses invectives contre leur religion monstrueuse : mais, étrange et merveilleuse insensibilité ! ils ne lui témoignent pas moins de déférence. Et le brave athlète de Jésus-Christ, voyant qu'il ne pouvait mériter qu'ils lui donnassent la mort : Sortons d'ici, mon Frère, disait-il à son compagnon ; fuyons, fuyons bien loin de ces barbares trop humains pour nous, puisque nous ne les pouvons obliger ni à adorer notre Maître, ni à nous persécuter, nous qui sommes ses serviteurs. 0 Dieu ! quand mériterons-nous le triomphe du martyre, si nous trouvons des honneurs même parmi les peuples les plus infidèles? Puisque Dieu ne nous juge pas dignes de la grâce du martyre, ni de par-
ticiper à ses glorieux opprobres, allons-nous-en, mon Frère, allons achever notre vie dans le martyre de la pénitence, ou cherchons quelque endroit de la terre, où nous puissions boire à longs traits l'ignominie de la croix.
[Troisième Point '.]
Ce serait en cet endroit, Chrétiens, qu'il serait beau de voiis représenter le dernier trait de folie du sage et admirable François. Que vous seriez ravis de lui voir établir sa gloire sur le mépris des honneurs ! Quelles louanges ne donneriez-vous pas à la naïve enfance de son innocente simplicité, et à cette humilité si profonde, par laquelle il se considérait comme le plus grand des pécheurs ; et à cette confiance fidèle, qui lui faisait fonder tout l'appui de son espérance sur les mérites du Fils de Dieu ; et à cette crainte si humble qu'il avait de faire paraître ces sacrés caractères de la Passion du Sauveur, que Jésus crucifié, par une miséricorde ineffable, avait imprimés sur sa chair ! Mais combien seriez-vous étonnés quand je vous dirais que François, François, cet admirable personnage, qui a mené une vie plus angélique qu'humaine, refuse la sainte prêtrise, estimant cette dignité trop pesante pour ses épaules ! Hélas ! quelque imparfaits que nous soyons, nous y courons souvent sans y être appelés, avec une hardiesse, une précipitation qui fait frémir la Religion : téméraires, qui ne comprenons pas la hauteur des mystères de Dieu et la vertu qu'ils exigent dans ceux qui prétendent en être les dispensateurs ! Et François, au contraire, cet ange terrestre, après tant d'actions héroïques et un si long exercice d'une vertu consommée, bien que tout l'ordre ecclésiastique lui tende les bras comme à un homme qui devait être un de ses plus beaux luminaires, tremble et frémit au seul nom de prêtre, et n'ose, malgré la vocation la plus légitime, regarder que de loin une dignité si redoutable ! Mais certes, si je commençais à vous raconter ces merveilles, j'entreprendrais un nouveau discours, et, sur la fin de ma course, je m'ouvrirais
1. Deforis n'indique pas ici le dé- qu'elle est traitée, sous forme de prébut de la troisième partie. Il est vrai térition, dans un seul paragraphe.
Sermons de Bossuet. 14
une carrière immense. Puis donc que nous faisons dans l'Église les panégyriques des saints moins pour célébrer leurs vertus, qui sont déjà couronnées, que pour nous en proposer l'exemple, il vaut mieux que nous retranchions quelque chose des éloges de saint François, afin de nous réserver1 plus de temps pour tirer quelque utilité de sa vie.
Que choisirons-nous 2, Chrétiens, dans les actions de saint François, pour y trouver notre instruction? Ce serait peut-être une entreprise trop téméraire, que de rechercher curieusement celle de ses vertus qui serait la plus éminente : il n'appartient qu'à Celui qui les donne d'en faire l'estimation. Que chacun prenne donc pour soi ce qu'il sent en sa conscience lui devoir être le plus utile; et moi, pour l'édification de l'Église, je vous proposerai ce qui me semble le plus profitable au salut de tous, et je ne sais quel sentiment me dit au fond de mon cœur que ce doit être le mépris des richesses, auxquelles il est tout visible que nous sommes trop attachés. L'Apôtre, parlant à Timothée, instruit en sa personne les prédicateurs comment ils doivent exhorter les riches : « Commandez, dit-il, aux riches du siècle, qu'ils se gardent d'être hautains et de mettre leur espérance dans l'incertitude des richesses : Divitibus hujus sseculi prœcipe non sublime sapere, ne que sperare in incerto divitiarum3 ». C'est ce que dit l'apôtre saint Paul, où il touche fort à propos les deux principales maladies des riches : la première, ce grand attachement à leurs biens ; la seconde, cette grande estime qu'ils font ordinairement de leurs personnes parce qu'ils voient que leurs richesses les mettent en considération dans le monde.
Or, mes Frères, quand je ne ferais ici que le personnage d'un philosophe, je ne manquerais pas de raisons pour vous faire voir que c'est une grande folie de faire tant d'état de ces biens qui nous peuvent être ravis par une infinité d'accidents, et dont la mort enfin nous dé-