Luc, xvin, 24. — Deforis : venire ad regnum Dei
les yeux sur tant de familles nécessiteuses qui n'osent vous exposer leurs misères ; sur les vierges de Jésus, que l'on voit presque défaillir dans leurs cloîtres, faute de moyens pour subsister ; sur tant de pauvres religieux, qui, sous une mine riante, cachent souvent une grande indigence. Un peu de courage, mes Frères ; faites quelques efforts pour l'amour de Dieu. Voyez avec quelle abondance il a élargi ses mains sur nous par la fertilité de cette année : élargissons les nôtres sur les misères de nos pauvres frères ; que personne ne s'en dispense. Ne vous excusez pas sur la modicité de vos facultés ; Jésus mettra en ligne de compte jusqu'au moindre présent que vous lui ferez avec un cœur plein de charité : un verre d'eau même, offert dans cet esprit, peut vous mériter la vie éternelle.
C'est ainsi que les biens, qui sont ordinairement un poison, se convertiront pour vous en remède salutaire. Loin de perdre vos richesses en les distribuant, vous les posséderez d'autant plus sûrement que vous les aurez plus saintement prodiguées. Les pauvres vous les rendront d'une qualité bien plus excellente, car elles changent de nature en leurs mains. Dans les vôtres, elles sont périssables : elles deviennent incorruptibles, sitôt qu'elles ont passé dans les leurs. Ils sont plus puissants que les rois. Les rois, par leurs édits, donnent quelque prix aux monnaies : les pauvres les rehaussent de prix jusqu'à une valeur infinie, sitôt qu'ils y appliquent leur marque. Faites-vous donc des trésors qui ne périssent jamais 1 ; thésaurisez pour le siècle futur un trésor inépuisable. Mettez vos richesses à couvert dans le ciel contre les guerres, contre les rapines, contre toute sorte d'événements; déposez-les entre les mains de Dieu. Faites-vous, par vos aumônes, de bons amis sur la terre, qui vous recevront, après votre mort, dans ces éternels tabernacles, où le Père, le Fils et le Saint-Esprit, seul Dieu vivant et immortel, est glorifié dans tous les siècles des siècles. Amen.