Rom., v, 12. comprend qu'il ajoutât : « du moins
2. C'était d'abord « dans la mer si je ne me trompe, etc. » Il a d'ail- Noire » que Bossuet faisait se jeter leurs corrigé lui-même postérieure- « le Jordain », comme il écrivait et ment, sans effacer la précaution prononçait à cette date reculée. On oratoire
source, pour faire passage à l'Arche où reposait le Seigneur tout-puissant. Est -il rien de plus naturel que cette influence de chaleur dévorante qui sort du feu dans une fournaise? Et l'impie Xabuchodonosor n'a-t-il pas admiré trois bénis enfants qui se jouaient au milieu des flammes, que ses satellites impitoyables avaient vainement irritées: Nonobstant tous ces exemples illustres, ne peut-on pas dire véritablement qu'il n'y a point de feu qui ne brûle, et que le soleil roule dans les cieux des mouvements éternels, et qu'il ne se rencontre aucun fleuve qui retourne jamais à sa source? Nous tenons tous les jours de semblables propos, sans que nous 1 en soyons empêchés par ces fameux exemples, bien qu'ils ne soient ignorés de personne. Et d'où vient cela, Chrétiens? C'est que nous avons accoutumé de parler selon le cours ordinaire des choses ; et Dieu se plaît d'agir quelquefois selon les lois de sa toute-puissance, qui est au-dessus de tous nos discours.
Ainsi je ne m'étonne pas que le grand apôtre saint Paul ait prononcé si généralement que le péché de notre premier père a fait mourir tous ses descendants. En effet, selon la suite naturelle des choses que l'Apôtre considérait en ce lieu, être né de la race d'Adam à la façon ordinaire enfermait infailliblement le péché. Il n'est pas plus naturel au feu de brûler qu'à cette damnable concupiscence d'infecter tout ce qu'elle touche, d'y porter la corruption et la mort. Il n'est2 point de poison plus présent, ni de peste plus pénétrante. Mais je dis que 3 ces malédictions si universelles, que toutes ces propositions, si générales qu'elles puissent être, n'empêchent pas les réserves que peut faire le Souverain, ni les coups d'autorité absolue. Et quand est-ce, ô grand Dieu, que vous userez plus à propos de cette puissance qui n'a point de bornes et qui est sa loi ellemême ; quand est-ce que vous en userez, sinon [p. 6] pour faire grâce à Marie?
Je sais bien que quelques docteurs assurent que c'est imprudence de vouloir apporter quelques restrictions à des paroles si générales. Cela, disent-ils, tire à consé-
1, Var. : sans que ces famU: 2. Yar. : Il n'y a point,
exemples nous en empêchent. . 3 Var. : Mais ces malédictions...
quence. Mais, ô mon Sauveur, quelle conséquence ! Pesez, s'il vous plaît, ce raisonnement. Ces conséquences ne sont à craindre qu'où il y peut avoir quelque sorte d'égalité. Par exemple, vous méditez d'accorder quelque grâce à une personne d'une condition médiocre : vous avez à y prendre garde ; cela peut tirer à conséquence : beaucoup d'autres par cet exemple prétendront la même faveur. Mais parcourez tous les choeurs des anges, considérez attentivement tous les ordres des bienheureux : voyez si vous en trouverez1 aucun qui ose, je ne dis pas s'égaler, mais même en aucune manière se comparer à la sainte Vierge. Non : ni l'obéissance2 des patriarches, ni la fidélité des prophètes, ni le zèle infatigable des saints apôtres, ni la générosité3 des martyrs, ni la persévérance 4 des confesseurs, ni la pureté inviolable des vierges, ni cette grande diversité de vertus que la grâce divine a semées 5 dans les différents ordres des bienheureux 6, n'a rien qui puisse tant soit peu approcher de la très heureuse Marie. Cette maternité glorieuse, cette alliance éternelle qu'elle a contractée avec Dieu, la met dans un rang tout singulier qui ne souffre aucune comparaison. Et dans une si grande inégalité, quelle conséquence pouvons-nous craindre ? Montrezmoi une autre Mère de Dieu, une autre vieige féconde ; faites-moi voir ailleurs cette plénitude de grâces, cet assemblage de vertus, une humilité si profonde dans une dignité si auguste, et toutes les autres merveilles que j'admire en la [p. 7] sainte Vierge; et puis dites, si vous voulez, que l'exception que j'apporte à une loi générale, à la considération7 d'une personne si extraordinaire, a des conséquences fâcheuses.
Et combien y a-t-il de lois générales dont Marie a été dispensée ! N'est-ce pas une nécessité commune à toutes les femmes d'enfanter en tristesse et dans le péril de leur vie ? Marie en a été exemptée. N 'a-t-il pas été prononcé de tous les hommes généralement, « qu'ils
1. * Corrections postérieures (vers 3. * « Constance invincible. » 1666) : « si vous trouverez quelque 4. * « Pénitence persévérante. )) créature. » 5. * <( Répandues. »
2. Ce mot a été écrit plus tard ; il 6. Var. : des prédestinés, remplace : « la foi constante » 7. Var. : en faveur d'une per- ( effacé). sonne...
offensent tous en beaucoup de choses? In multis offendimus omnes1. » Y a-t-il aucun juste qui puisse éviter ces péchés de fragilité que nous appelons véniels? Et, bien que cette proposition soit si générale et si véritable, l'admirable saint Augustin ne craint point d'en excepter la très innocente Marie2. Certes si nous reconnaissions dans sa vie qu'elle eût été assujettie aux ordres communs, nous pourrions croire peut-être qu'elle aurait été conçue en iniquités, tout ainsi que le reste des hommes. Que si nous y remarquons au contraire une dispense presque générale de toutes les lois ; si nous y voyons, selon la foi orthodoxe, ou du moins selon le sentiment des docteurs les plus approuvés, si, dis-je, nous y voyons un enfantement sans douleur, une chair sans fragilité, des sens sans rébellion, une vie sans tache, une mort sans peine ; si son époux n'est que son gardien ; son mariage, le voile sacré qui couvre et protège sa virginité ; son Fils bien-aimé, une fleur que son intégrité a poussée ; si, lorsqu'elle le conçut, la nature étonnée et confuse crut que toutes ses lois allaient être à jamais abolies ; si le Saint-Esprit tint sa place, et les délices de la virginité celle qui est ordinairement occupée par la convoitise, qui pourra croire qu'il n'y ait rien eu de surnaturel dans la conception de cette princesse, et que ce soit le seul endroit de sa vie qui ne soit point marqué de quelque insigne miracle ?
Vous me direz peut-être que cette innocence si pure, c'est la prérogative du Fils de Dieu ; que de la communiquer à sa sainte Mère, c'est ôter au Sauveur l'avantage qui est dû à sa qualité, [p. 8] C'est le dernier effort des docteurs dont nous réfutons aujourd'hui les objections. Mais à Dieu ne plaise, ô mon Maître, qu'une si téméraire pensée puisse jamais entrer dans mon âme ! Périssent tous mes raisonnements, que tous mes discours soient honteusement effacés, s'ils diminuent quelque chose de votre grandeur ! Vous êtes innocent par nature, Marie ne l'est que par grâce; vous l'êtes par excellence, elle ne l'est que par privilège ; vous l'êtes comme Rédempteur, elle l'est comme la première de