‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 185 sur 441 · Jac, m, 2. 2. De Natur. et Grat., n · texte numérisé non relu

Jac, m, 2. 2. De Natur. et Grat., n

celles que votre sang précieux a purifiée [s]. 0 vous qui désirez qu'en cette rencontre, la préférence demeure à Notre-Seigneur, vous voilà satisfaits, ce me semble. Quoi! si nous n'étions tous criminels par notre naissance, ne sauriez-vous que dire pour donner l'avantage au Sauveur? Si vous croyez avoir fait beaucoup de l'avoir mis 1 au-dessus d'une infinité de coupables, ne trouvez pas mauvais si je tâche du moins de trouver une créature innocente à laquelle je le préfère, afin de faire voir que ce n'est pas notre crime seul qui lui donne la prestance2.

Il est, certes, tout à fait nécessaire qu'il surpasse sa sainte Mère d'une distance infinie. Mais aussi ne jugezvous pas raisonnable que sa Mère ait quelque avantage par-dessus le commun de ses serviteurs? Que répondrezvous à une demande qui paraît si juste? Je ne me contente pas de ce que vous me dites, qu'elle a été sanctifiée devant sa naissance. Car encore que je vous avoue que c'est une belle prérogative, je vous prie de vous souvenir que c'est le privilège de saint Jean-Baptiste, et peut-être de quelque autre prophète. Or ce que je vous demande aujourd'hui, c'est que vous donniez, si vous le pouvez, quelque chose de singulier à Marie, sans toucher aux droits de Jésus. Pour moi, j'y satisferai aisément, établissant, trois degrés que chacun pourra retenir. Je dis que le Sauveur était infiniment au-dessus de cette commune corruption. Pour Marie, elle y était soumise, mais elle en a été préservée : entendez ce mot, s'il vous plaît. Et à l'égard des autres saints, je dis qu'ils l'avaient effectivement contractée, mais qu'ils en ont été délivrés. Ainsi nous conservons la prérogative à la Mère sans faire tort à l'excellence du Fils ; ainsi nous voyons une juste et équitable disposition, qui semble bien convenable à la providence divine ; ainsi le Sauveur Jésus, qui, selon la doctrine des théologiens, était venu en ce monde principalement [p. 9] pour purger les hommes de ce péché d'origine3, en remporte

1. Vax. : le Sauveur n'aurait- il toute latine, et par un médiocre synoaucun avantage siu- nous ? Après nyme, ils ont dit : « la préférence. » l'avoir mis. 3. Anciennes édit.: qui était le

2. Prestance, supériorité. — Les grand œuvre du diable (Mis entre éditeurs ont corrigé cette expression deux traits, au manuscrit).

une glorieuse victoire ; il le dompte, il le met en fuite partout où il se peut retrancher.

Comment cela, Chrétiens? L'induction en est claire. Ce vice originel règne dans les enfants nouvellement nés; Jésus l'y surmonte par le saint baptême. Ce n'est pas tout : le diable, par ce péché, pénètre jusqu'aux ventres de nos mères ; et là, tout impuissants que nous sommes, il nous rend ennemis de Dieu. Jésus choisit quelques âmes illustres qu'il purifie dans les entrailles maternelles, et là il défait encore le péché. Tels sont ceux que nous appelons sanctifiés devant la naissance, comme saint Jean ; comme Jérémie, selon le sentiment de quelques docteurs ; comme saint Joseph peut-être, selon la conjecture de quelques autres. Mais il reste un endroit, ô Sauveur, où le diable se vante d'être invincible. Il dit que l'on ne l'en peut chasser. C'est le moment de la conception, dans lequel il brave votre pouvoir. Il dit que, si vous lui ôtez la suite, du moins il s'attache, sans rien craindre, à la source et à la racine. « Élevez-vous, Seigneur, et que vos ennemis disparaissent, et que ceux qui vous haïssent tombent et périssent devant votre face : Exurgat Deus [et dissipentur inimici cjas ; et fugiant qui oderunt eum a facie ejus] 1 ». Choisissez du moins une créature que vous sanctifiiez dès son origine, dès le premier instant où elle sera animée : faites voir à notre 2 envieux que vous pouvez prévenir son venin par la force de votre grâce ; qu'il n'y a point de lieu où il 3 puisse porter ses ténèbres infernales, d'où vous ne le chassiez par l'éclat tout-puissant de votre lumière. La bienheureuse Marie se présente fort à propos. Il sera digne de votre bonté et digne de la grandeur d'une mère si excellente, que vous lui fassiez ressentir les effets d'une protection spéciale.

Chers Frères, que vous en semble? que pensez-vous de cette doctrine? Vous paraît-elle pas bien plausible? Pour moi, quand je considère le Sauveur Jésus, notre amour et notre espérance, entre les bras de la sainte Vierge, ou suçant son lait virginal, ou se reposant doucement sur son sein, [p. 10] ou enclos dans ses chastes

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