‹ Œuvres oratoires de BossuetChapitre 195 sur 441 · Act, xvir · texte numérisé non relu

Act, xvir

la vie? Dans toutes nos afflictions, dans tous nos besoins, un secret instinct élève nos yeux au ciel, comme si nous sentions en nous-mêmes que c'est là que réside l'arbitre des choses humaines. Et ce sentiment se remarque dans tous les peuples du monde dans lesquels il est resté quelques [p. 2] traces d'humanité, à cause qu'il n'est pas tant étudié qu'il est naturel, et qu'il naît en nos âmes, non tant par doctrine que par instinct. C'est une adoration que les païens mêmes rendent, sans y penser, au vrai Dieu ; c'est le christianisme de la nature, ou, comme l'appelle Tertullien, « le témoignage de l'âme naturellement chrétienne, testimonium animae naturaliter christianse l. » Voilà déjà le premier mouvement que notre nature a de commun avec la nature angélique.

D'ailleurs, il paraît manifestement que le plaisir de l'homme, c'est l'homme. De là cette douceur sensible que nous trouvons dans une honnête conversation. De là cette familière communication des esprits par le commerce de la parole. De là la correspondance des lettres 2 ; de là, pour passer plus avant, les États et les républiques. Telles sont les deux premières inclinations de tout ce qui est capable d'entendre et de raisonner. L'une nous élève à Dieu, l'autre nous lie d'amitié avec nos semblables. De l'une est née la religion, et de l'autre la société. Mais d'autant que les choses humaines vont naturellement au désordre, si elles ne sont retenues par la discipline, il a été nécessaire d'établir une forme de gouvernement dans les choses saintes et dans les profanes ; sans quoi la religion tomberait bientôt en ruine, et la société dégénérerait en confusion. Et c'est ce qui a introduit dans le monde les deux seules autorités lé-

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